Éditorial

La paix commerciale ne se fera pas sans la Chine

Les Etats-Unis et l’Union européenne ont négocié un compromis et fait baisser les tensions transatlantiques. Soit. Mais la Chine s’affirme également comme un acteur incontournable et fait savoir qu’elle peut aussi mordre

Le compromis négocié par Donald Trump, président des Etats-Unis, et Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, désamorce une crise qui pourrit l’ambiance depuis plusieurs mois et compromet la croissance économique mondiale à terme. Pour les Européens, la menace américaine de frapper d’un droit de douane supplémentaire les voitures importées était comme une épée de Damoclès sur l’industrie automobile, allemande en particulier. L’initiative de Jean-Claude Juncker d’aller au front à Washington puis son succès tombent à point nommé.

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Succès? N’allons pas trop vite en besogne. Nous ne sommes pas à l’abri d’un retournement du président américain, qui a son propre agenda: les élections de mi-mandat de novembre, où la majorité républicaine sera mise à rude épreuve. Par sa stratégie commerciale erronée, Donald Trump a réussi à pénaliser ceux-là même qui constituent sa base électorale et qu’il a promis de protéger.

Le compromis de mercredi soir n’est qu’un point de départ. Tout reste à concrétiser et il n’y a pas de calendrier. L’ironie du sort est que le locataire de la Maison-Blanche remet ainsi le projet d’un accord de libre-échange avec l’UE sur le métier. Un projet qu’il avait torpillé il y a dix-huit mois.

La Chine dans le viseur

Même si les alliés historiques transatlantiques parviennent à recoller les morceaux, on n’est pas près de l’apaisement. Les Etats-Unis tout comme l’UE ont la Chine dans le viseur. Et l’acteur chinois n’a pas dit son dernier mot. Au contraire. De temps en temps, il montre sa bonne disposition afin de trouver des compromis, accepte de céder sur divers points litigieux dans l’espoir d’en finir avec les hostilités. Pékin connaît ses faiblesses mais, surtout, il est attaché à un système qui lui rapporte des bénéfices.

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Les dirigeants chinois viennent cependant de faire une démonstration de force. Ils ont fait capoter le projet de fusion entre le géant américain des semi-conducteurs Qualcomm et son concurrent européen NXP. Une transaction évaluée à 44 milliards de dollars, ce qui faisait d’elle l’une des plus importantes dans le secteur.

Officiellement, les autorités chinoises de la concurrence ont évoqué la loi anti-monopole. Officieusement, c’est œil pour œil, dent pour dent. En effet, Washington a refusé plusieurs acquisitions chinoises ces derniers mois aux Etats-Unis au nom de la sécurité nationale. L’Europe lui emboîte le pas. Dès lors, la Chine vient de faire comprendre qu’elle sait aussi mordre et qu’il n’y aura pas de paix commerciale mondiale sans elle.

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