Éditorial

Paix au Proche-Orient: la recette d'Ignazio Cassis

ÉDITORIAL. Le conseiller fédéral évoque des propositions pour le conflit israélo-palestinien qui, à l’instar de celles de Donald Trump, font fi de l’histoire et de la réalité

Donald Trump a apporté un «regard neuf» au conflit israélo-palestinien. Faisant fi de l’histoire et de décennies d’efforts diplomatiques, pratiquant la politique de l’éléphant dans un magasin de porcelaine, le président américain a décrété le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem. Bilan (encore très provisoire): des dizaines de morts et des centaines de blessés à Gaza ainsi que, sans doute, une disqualification durable des Etats-Unis dans ce dossier.

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Toutes proportions gardées, c’est au même exercice que semble vouloir se livrer le conseiller fédéral Ignazio Cassis. Revenant d’une visite en Jordanie, le chef de la diplomatie suisse a remis en cause frontalement, et publiquement, le rôle de l’UNRWA, cette agence de l’ONU chargée depuis sept décennies de s’occuper des réfugiés palestiniens et de leurs descendants.

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Comme le statut de Jérusalem, la question des réfugiés est au cœur de cet interminable conflit. Et elle a été retenue comme telle par toutes les tentatives de règlement qui l’ont parsemé. Ignazio Cassis a raison, cette affaire s’éternise. Et pour cause: alors que, pratiquement partout ailleurs, les réfugiés peuvent rentrer chez eux une fois le conflit terminé, ici, ce n’est pas le cas. Le conflit dure encore, et les réfugiés palestiniens (passés entre-temps de 750 000 à plus de 5 millions) n’ont pas de chez-eux. Israël n’en veut pas et la Palestine, en tant qu’Etat, n’existe pas.

La solution proposée par le conseiller fédéral passe par une «meilleure intégration» de ces réfugiés dans leur pays d’accueil. En a-t-il parlé à ses collègues de la région? Cette question a déjà provoqué des épisodes particulièrement sanglants au Liban et en Jordanie, sans même parler de la Syrie où les réfugiés palestiniens sont les victimes quotidiennes des bombes du régime. L’histoire de cette région est affreuse et implacable. Les regards neufs sont bienvenus, à condition qu’ils en tiennent compte.

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Tirer un trait sur la question du statut de Jérusalem ou sur la question des réfugiés palestiniens – comme semble le suggérer Ignazio Cassis – c’est simplement nier l’essence même du conflit israélo-palestinien. Dans ce panorama sanglant, complexe, retors et désespérant qu’offre le Proche-Orient, l’UNRWA est précisément l’un des seuls acteurs à tenir le cap. Loin de représenter un vaste repaire d’assistés, elle constitue – par son rôle dans la formation et la santé des Palestiniens – un équivalent d’épine dorsale. Elle soutient non seulement la région, mais son apport est aussi décisif pour trouver un éventuel chemin vers la paix.

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Jusqu’ici, en soutenant ardemment l’UNRWA, la Suisse avait compris cette évidence. Les propos d’Ignazio Cassis semblent annoncer un changement de politique. Même si, pour l’instant, il reste difficile de cerner les contours exacts de la solution qu’il propose.

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