Editorial

La paix sociale, c’est combien?

Le projet de budget du Conseil d’Etat genevois présente un déficit de 77 millions de francs. Soit le prix politique à payer pour faire passer la troisième réforme de l’imposition des entreprises

Raison, mesure, apaisement, sérénité, esprit constructif: s’il est une économie à laquelle le Conseil d’Etat genevois a incontestablement renoncé, c’est celle des formules analgésiques. Distillées mardi sur tous les tons devant la presse et les élus du canton, comme pour être sûr de faire entendre son appel au calme à l’heure de la présentation du projet de budget 2017.

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Au sortir d’un exercice particulièrement agité et d’un bras de fer interminable entre la gauche et la droite, entre le gouvernement et la fonction publique, l’exécutif genevois propose d’inscrire un déficit de 77 millions de francs au budget de l’année à venir. Ceci sur fond de «progression modérée» des recettes et «d’augmentation sensible» des dépenses obligatoires.

Assorti de créations de postes en nombre et du rétablissement des annuités salariales des fonctionnaires, le projet tranche avec la fermeté affichée il y a tout juste une année, quand l’annonce d’un festival de mesures d’économies jetait tout le personnel de l’Etat dans la rue. Privé de budget depuis 2015 et échaudé par une année de guérilla parlementaire, le Conseil d’Etat a revu sa copie. Exit les grands principes et les coupes drastiques, priorité au fonctionnement des services publics et à la paix sociale, martèle le gouvernement unanime.

L’été ensoleillé et le chant des cigales auraient-ils converti la majorité de droite du collège aux charmes de l’Etat-providence? Bien sûr que non. Largesse et générosité sont ici des cartes que l’on joue pour gagner la «mère de toutes les batailles»: faire passer la troisième réforme de l’imposition des entreprises.

La victoire a donc un prix: 77 millions en 2017, a estimé le Conseil d’Etat. Lequel semble avoir vu juste, à en juger par l’empressement de la gauche à accepter le marché. Pour la forme, elle fait évidemment mine de se méfier et prévient la droite parlementaire qu’elle a intérêt à s’aligner sur la proposition du gouvernement. Mais en filigrane, Verts et socialistes signent et contresignent, le sourire aux lèvres.

La balle est donc dans le camp de la droite. Qui, pour l’heure, peine à voir beaucoup plus loin que le bout de sa dette. En exigeant, encore et toujours, des réformes structurelles pour ne pas «prétériter» les générations futures. Et le PLR de prévenir à son tour que ses députés «se battront» pour revenir à l’équilibre.

Si l’on peut comprendre cette volonté de montrer les muscles avant le débat parlementaire, la droite serait bien inspirée de revenir rapidement de son obsession de l’austérité. Parce que la dette est un péril qui diminue à mesure que les taux d’intérêt s’enfoncent en territoire négatif. Et surtout parce qu’il serait fâcheux de perdre la «mère de toutes les batailles» – rappelons que le mot est de François Longchamp – pour 77 malheureux millions.

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