Il s'en est fallu de peu que le Pakistan, seul pays musulman possédant l'arme nucléaire, ne se réveille dimanche avec un pouvoir entièrement décapité et le spectre d'islamistes extrémistes menaçant de prendre son destin en main. Le président, le premier ministre et le chef des armées étaient en effet réunis samedi pour un repas de l'iftar qui rompt le jeûne du ramadan. C'est ce conclave que visaient les kamikazes, chargés de 600 kilos d'explosifs, qui ont pulvérisé l'hôtel Marriott d'Islamabad. C'est du moins la version officielle.

On ose à peine imaginer la suite des événements si le scénario des terroristes s'était réalisé. Car, aujourd'hui, la fragilité du pouvoir politique et les compromissions d'une partie des militaires – dernier socle stable du pays – avec les talibans rendent le «pays des purs» de plus en plus imprévisible. Le Pakistan est de fait un baril de poudre: le nord de son territoire, où l'Etat n'exerce plus son contrôle, est l'épicentre du terrorisme international où Ben Laden a trouvé refuge depuis sa fuite d'Afghanistan en 2001. C'est aussi la base arrière des talibans afghans qui harcèlent avec de plus en plus de vigueur les troupes de l'OTAN de l'autre côté de la frontière.

La mauvaise nouvelle, c'est que les talibans afghans ont désormais créé un nouveau front commun avec les talibans pakistanais et les djihadistes internationaux d'Al- Qaida ayant pour objectif de faire tomber Kaboul et Islamabad. L'attentat de dimanche pourrait bien être la traduction la plus spectaculaire de cette nouvelle alliance. Le Pakistan est ainsi en passe de devenir la principale terre de la guerre sainte.

Si l'on se souvient que rien n'est réglé dans le conflit qui oppose les 180 millions de Pakistanais au milliard d'Indiens – également détenteurs de l'arme nucléaire – à propos du Cachemire, on comprend qu'il s'agit du point le plus chaud de la planète et qu'il y a urgence d'agir pour soutenir le pouvoir pakistanais. Reste à savoir comment? La question devrait être au cœur de l'Assemblée générale de l'ONU qui s'ouvre à New York.

Le problème est que la confusion règne aussi bien à Islamabad qu'à Washington – le principal allié du Pakistan. Au point que les deux pays se livrent une guerre non déclarée sur la frontière afghane depuis que l'armée américaine a reçu le feu vert pour frapper les terroristes en territoire pakistanais.

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