Stupeur: à quelques jours de son ouverture, le 44e Paléo Festival n’affiche pas complet. De même, les 1500 sésames supplémentaires remis quotidiennement en vente se vendent tranquillement, pas besoin de se précipiter. C’était en 2019, et l’open air nyonnais faisait la même constatation qu’une grande majorité d’événements culturels: les gens réservent de plus en plus tard. On se demandait alors si le modèle des très gros rendez-vous estivaux n’était pas en train de gentiment péricliter, si à l’heure du retour en force de la consommation raisonnée et locale, le public n’avait pas tendance à privilégier les festivals à taille humaine.

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Quelques mois plus tard, place au confinement mondial et à l’arrêt de toutes les activités culturelles. Une expression, très vite, s’impose: le monde d’après. Très vite, aussi, cette hypothèse se généralise: il sera différent du monde d’avant, le ralentissement imposé nous aura fait prendre conscience qu’il y a des choses qui doivent changer. Même si le covid est encore une réalité, l’été que nous vivons fait partie – de par son absence totale de mesures sanitaires – du monde d’après. Et à voir ce qui s’est déroulé de mardi à dimanche à Paléo, il ressemble furieusement au monde d’avant.

En 2018: L’avenir est aux festivals fourmis

Le festival a connu un succès au-delà de ses espérances: les billets se sont de nouveau arrachés, tant lors des mises en vente initiales que quotidiennes. Si la météo explique en partie ceci, cela tient aussi indéniablement au fait que contrairement à ce que certains sociologues ont pu avancer, le désir de vivre une expérience collective de taille XL est encore bien là, et a peut-être même été décuplé par la pandémie, notamment chez les ados qui auraient eu l’âge de commencer à sortir au moment où tout a fermé.

Pendant la pandémie: La musique live, industrie en danger

A Nyon, ces six derniers jours, on a vu des dizaines de milliers de personnes prendre un plaisir énorme à se retrouver, à écouter de la musique, à découvrir une enceinte magnifiquement réaménagée. Paléo a même été plus intergénérationnel que jamais, le plaisir des retrouvailles ayant incité des jeunes à venir découvrir Kiss ou Francis Cabrel tandis que les plus âgés étaient curieux de voir à quoi ressemblent ces phénomènes du rap ou de l’électro qui affolent les réseaux. Le 45e Paléo est une réussite totale, comme l’a d’ailleurs été le récent Montreux Jazz. Mais après cette édition attendue depuis trois ans, c’est l’an prochain qu’il faudra confirmer. Et c’est à ce moment-là, seulement, qu’on saura vraiment à quoi ressemble le monde d’après.

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