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Panama Papers: le vieux monde enterré

Cette semaine, les Panama Papersont témoigné de la disparition du monde des compromissions, de l’évasion face aux responsabilités et de l’incapacité à faire face à ses engagements ici et maintenant

Il y a des moments où l’époque appuie sur l’accélérateur. Cette semaine, les Panama Papers – outre le fait que c’est du très bon journalisme – ont témoigné de la disparition d’un vieux monde. Celui des compromissions, de l’évasion face aux responsabilités et de l’incapacité à faire face à ses engagements ici et maintenant. Le secret à la mode panaméenne protégeait une ancienne caste et leurs intermédiaires financiers, incarnés chez nous par Mes Bonnant et Canonica. A savoir des avocats dépassés dans leur défense – c’est le comble – et incapables de se mettre en conformité malgré les alertes précédentes. A ce stade, il n’y a pas ou peu d’entrepreneurs de la nouvelle génération mêlés aux Panama Papers, même si ceux-ci ne sont pas exempts de reproches à travers l’imposition très légère dont leurs firmes bénéficient parfois.

Reste que l’époque change, une génération s’efface et une autre émerge. Les évolutions des modes de vie, tout comme les aspirations des moins de 30 ans, créent des fractures ouvertes entre jeunes et anciens. On ne vit tout simplement plus comme avant. Les millennials construisent leur propre univers balisé par des repères inédits.

Sur les questions de société, la génération montante ne voit ainsi pas le problème avec le port du voile et les blagues irrespectueuses de Charlie Hebdo ne les font pas du tout rire. Ce qui rend fous les conservateurs de gauche. Dans le monde du travail, ces jeunes n’envisagent pas de grader dans une grande entreprise. Ils préfèrent avoir une activité à temps partiel ou créer leur start-up pour disrupter des secteurs économiques endormis. Ce qui rend perplexe les conservateurs de droite.

Politiquement, ces Y se reconnaissent sûrement davantage dans le premier ministre canadien, Justin Trudeau (né en 1971), son homologue italien, Matteo Renzi (1975), ou le ministre français de l’Economie, Emmanuel Macron (1977), que dans de vieux leaders. Ils font le choix d’une utopie à leur échelle, réfutent les idéologies et préfèrent puiser dans le grand bazar des expériences plutôt que de lire le monde avec une seule grille de lecture, qu’elle soit sociale ou libérale.

La relève va-t-elle enfin tenter la voie de la synthèse? Le rythme en tout cas s’accélère. Comme le disait un sociologue dans nos pages à propos du mouvement français «Nuit debout», «la jeunesse demeure la variable d’ajustement d’un système qui profite, en gros, à la génération de Mai 68». Reste à espérer que cette fois les moins de 30 ans ne choisiront pas la voie de la révolution, à savoir réaliser un tour complet sur eux-mêmes, et que leur réussite les amènera plus loin que leurs aînés. Et du Panama.

 

Dossier
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