Il y a vingt ans, ils n’étaient qu’une poignée. Qualifiés de marginaux, ils apparaissaient à l’entrée de certaines assemblées générales munis de pancartes en carton. Ils militaient contre ces multinationales qui ne respectaient ni l’environnement ni les droits humains. Et restaient sur le pas de la porte.

Impossible de dater précisément le moment où le monde a changé. Mais l’an dernier, c’est le patron du plus grand gestionnaire d’actifs du monde qui appelait les multinationales à faire leur introspection. Plutôt qu’une pancarte en carton, Larry Fink brandissait son porte-monnaie pesant 7000 milliards de dollars.

«Vous voulez que j’investisse dans votre entreprise? Alors cessez de miser sur la maximisation de son profit et dites-moi à quoi elle sert», écrivait en substance le directeur de BlackRock. Plus verts, plus égalitaires, plus vertueux: la mue des géants du capitalisme globalisé se profilait.

Tests de résistance

La pression va encore grimper en 2020. On ne cherche plus à influencer uniquement les entreprises mais également les banques qui les soutiennent, à l’image de ce qui se passe ces jours chez Barclays. C’est la première fois qu’une institution européenne est sommée par des caisses de pension d’arrêter de financer des sociétés qui ne respectent pas l’Accord de Paris. En Suisse, un débat similaire entoure le procès des militants pro-climat qui ont investi les locaux de Credit Suisse.

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La prochaine étape sera la mise en place de «stress tests climatiques» par les régulateurs. Pour évaluer si les banques et les assurances pourront supporter l’impact du réchauffement climatique sur leurs investissements.

Attendre le choc financier

Malgré tout, la transition est trop lente. Et vu les attentes croissantes de la rue et la dégradation du climat, la pression ne s’atténuera pas. «Les investisseurs ne doivent pas se demander si les gouvernements prendront des mesures, mais quand», écrit PRI, l’entité des Nations unies qui promeut l’investissement responsable. Energie, mobilité, alimentation, tourisme, construction… Dans les années qui viennent, de nombreuses industries connaîtront ainsi des transformations radicales.

Les investisseurs et les banques feraient bien de s’y préparer. S’ils attendent encore, c’est un choc financier «brutal, violent et désordonné» qui aura lieu d’ici à 2025, prédit l’agence onusienne. Les pancartes en carton n’ont hélas pas suffi. Il faudra donc attendre le choc financier pour voir les entreprises récalcitrantes s’adapter à la nouvelle donne climatique.