La Suisse semble condamnée à rejouer sans fin sa retraite de Marignan sur tous les fronts, fiscal, financier, européen. A n’accepter qu’en reculant la réalité d’un monde qui change. La publication, ce lundi, des Pandora Papers et la révélation du rôle de quelque 90 sociétés de conseil, études d’avocats, fiduciaires, impliquées dans un vaste système de sociétés offshore, ont mis en évidence une Suisse mentalement résignée à ne changer que sous la contrainte. Incapable de saisir les grands mouvements de fond qui traversent les sociétés. Comme si, depuis la vision de Ferdinand Hodler, celle des derniers hallebardiers déchiquetés par l’artillerie française mais combattant encore pour protéger la retraite de Marignan, ce pays s’était résigné aux combats de retardement, aux escarmouches d’arrière-garde. Repousser l’inéluctable le plus longtemps possible. Ce printemps, au parlement, les avocats et fiduciaires suisses, «ces artisans du camouflage de richesses», selon le titre du Temps, ont pu échapper aux pressions internationales et aux obligations de diligence de la loi sur le blanchiment. Mais jusqu’à quand?