Panmunjom n’est pas exactement un village comme on l’écrit trop souvent. Au nord il y a des bâtiments de béton gris, au sud il y a des bâtiments de béton blanc et de verre et des baraquements bleus. Au milieu passe le 38e parallèle séparant la République populaire démocratique de Corée, communiste, et la République de Corée, capitaliste. C’est une zone militaire, l’une des plus inflammables de la planète. En traversant cette frontière, en invitant même son homologue sud-coréen à y faire un aller et retour, Kim Jong-un peut se targuer d’avoir marqué les esprits. Tout souriant, l’air bon enfant, il a offert l’image d’un jeune homme chaleureux, pour tout dire sympathique. Même le défilé incongru de sa Mercedes noire encadrée par douze gardes du corps la suivant au pas de course avait en fin de compte un côté chaplinesque. On en oublierait presque qu’il dirige le dernier Etat totalitaire de la planète.

La fin des haut-parleurs?

La réussite du sommet inter-coréen est d’abord celui de Kim Jong-un qui conserve à la fois l’initiative et la maîtrise du calendrier de façon tout à fait étonnante. C’est d’ailleurs ce qu’atteste la «Déclaration de Panmunjom», le document paraphé par Moon Jae-in et Kim III. Si on le lit jusqu’au bout, il est bien précisé que «les mesures» en vue d’une dénucléarisation de la péninsule, et donc la paix, ont été «initiées par la Corée du Nord»… Il sera difficile d’ignorer cette version validée par le Sud à l’avenir. On en oublierait presque que c’est le Nord qui a démarré un programme nucléaire et menacé durant des années de son feu le Sud et les Etats-Unis. Si les torts sont certes partagés dans l’escalade qui a précédé ce sommet, voilà une façon singulière de présenter les choses.

La réponse tombera lors du sommet Kim-Trump. S’il se confirme

La «Déclaration de Panmunjom» n’est pas le premier document du genre. Les deux précédents sommets inter-coréens, en 2000 et 2007, en avaient déjà produit. On pourrait donc la considérer comme un morceau de papier de plus égrenant 65 années d’un armistice impossible à transformer en paix. Mais on peut aussi se convaincre que quelque chose est peut-être en train de changer. Résumons: Kim Jong-un s’engage à atteindre le but d’une péninsule coréenne sans arme nucléaire. Ce n’est pas tout à fait nouveau, mais c’est un peu plus explicite que par le passé. Les deux chefs d’Etat s’engagent ensuite à signer la paix. Ce n’est pas non plus une première, mais il y a cette fois-ci un calendrier: ce sera fait d’ici à la fin de l’année! Avec les Etats-Unis et la Chine (les Etats signataires de l’armistice de 1953). Il y a aussi plusieurs annonces de réunions, politique (un quatrième sommet inter-coréen cet automne, à Pyongyang), militaire (en mai), de familles séparées (en juin), etc. On jugera de cet engagement dès mercredi prochain: le 2 mai, tout acte hostile devra être proscrit, y compris la guerre de propagande. Cela signifie que le Nord devrait démanteler ses haut-parleurs installés à la frontière («éliminer les moyens», est-il écrit) qui crachent leurs décibels à la moindre tension et que le Sud devrait stopper les actions de groupes de militants convoyant par ballons leurs prospectus anticommunistes par-delà la frontière quand les vents sont favorables.

Les raisons d’espérer

Dans ce processus vers une dénucléarisation, tout peut dérailler à tout moment tant les positions des uns et des autres semblent en réalité irréconciliables. L’espoir est aujourd’hui porté par un leader nord-coréen qui se sent en position de force pour changer le destin de son pays, un leader sud-coréen élu pour faire la paix et un leader états-uniens qui est prêt à réaliser un «coup» qui donnerait une tout autre image de sa présidence. Une première réponse tombera lors du sommet Kim-Trump. S’il se confirme.