La chronique

La panne

Comment est-il possible que le règlement de l’affaire grecque puisse durer si longtemps? Comment concevoir que la multiplication des sommets puisse apporter un éclairage nouveau sur un problème clairement circonscrit? Les semaines qui passent n’allègent ni la dette ni les charges de l’Etat. Cela fait maintenant six mois que les comptes rendus quotidiens des médias sur la question donnent l’impression d’une valse-hésitation plutôt que d’avancées concrètes. L’UE fait accroire qu’elle tient le couteau par le manche alors qu’elle subit plutôt la stratégie du gouvernement grec qui joue l’usure plutôt que le jeu, persuadé que ses interlocuteurs ne peuvent ni ne veulent «casser la baraque UE».

Mais, de reports d’échéance en reports d’échéance, la crédibilité d’une Union qui établit des règles sans les faire respecter s’amenuise. Les principaux créanciers de la Grèce veulent revoir les milliards avancés. Les pays qui ont mis en place l’austérité et remboursent scrupuleusement leurs traites sont outrés que les Hellènes puissent s’en tirer à si bon compte. Les Allemands qui se sont copieusement fait injurier trouvent saumâtre d’avoir un système de retraite beaucoup moins généreux que celui des Grecs. Pourtant, dans cette partie de poker menteur, Alexis Tsipras obtient chaque fois une nouvelle aide, une nouvelle échéance, un nouveau planning. Enfin mis en demeure d’entériner les mesures exigées en échange d’un nouveau crédit, il a sorti sa dernière martingale: le référendum.

Il n’en découlera rien de bon pour l’UE. Si le peuple dit oui et désavoue le gouvernement qu’il vient d’élire, il faudra prêter, et prêter encore durant des années avant que les réformes, si tant est qu’elles soient sérieusement mises en place, apportent l’amélioration souhaitée et donnent la capacité au pays de rembourser. Si les Grecs disent non, ils devront sortir de la zone euro. En admettant que, ce faisant, leur situation se rétablisse, d’autres pays en difficulté pourraient bien en tirer une utile leçon.

La crise grecque aura cruellement mis en lumière la faiblesse de l’UE. On connaissait le déficit démocratique de ses institutions et son absence de politique étrangère concertée, mais on espérait une meilleure gouvernance en matière d’affaires intérieures. Or, là aussi, le constat est décevant. On aura beau jeu d’invoquer l’interconnexion des problèmes, leur ampleur ou leur soudaineté, tout cela n’est pas nouveau et ce sont de vaines excuses. L’immobilisme semble découler des schémas de décision politique de l’UE, qu’il s’agisse de régler le cas grec, de faire face à l’urgence migratoire ou de décider d’une action au Moyen-Orient. La réunionite fait rage, les sommets se succèdent qui ne culminent pas haut et n’amènent pas grand-chose. Les communiqués creux relèvent de la langue de bois et l’autorité est prise en défaut, le désordre actuel dans l’application des conventions de Schengen et Dublin en est un parfait exemple. En revanche, les problèmes perdurent, les situations pourrissent, les gens souffrent et la confiance des peuples s’érode…

mh.miauton@bluewin.ch

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