Deux semaines après Diego Maradona, c'est une autre légende du foot qui tire sa révérence: l'Italien Paolo Rossi, héros de la Coupe du monde 1982 remportée 3-2 par la Squadra contre l'Allemagne de l'Ouest, est mort à l'âge de 64 ans. Son épouse, Federica Cappelletti, l'a annoncé sur Instagram, publiant une photographie de leur couple avec la légende «Per sempre», suivie d'un cœur.

Les médias italiens rendent, à ces premières heures de jeudi, un hommage appuyé à celui qui était surnommé «Pablito», «l'homme qui fit pleurer le Brésil», note La Repubblica, «l'uomo che fece piangere il Brasile», comme le dit le titre de son autobiographie: trois buts le 5 juillet 1982 contre l'équipe latino-américaine à Barcelone. «L'aimable poète du foot qui a fait la joie de toute l'Italie en 1982 est mort», souligne aussi le Corriere della sera, qui évoque la «maladie incurable» dont il souffrait. «Addio Pablito», titre Tuttosport.

Paolo Rossi (voir ici sa fiche technique sur le site Lequipe.fr), qui n'aurait pas dû jouer la Coupe du monde 1982, en est finalement devenu le héros avec six buts et un sacre. Suspendu pour trois ans en mars 1980 dans le «Totonero», une affaire de scandale de matchs de football truqués et de paris clandestins en Italie, il avait cependant été convoqué en Espagne, après une réduction de sa sanction, malgré le scepticisme de tous (lire à ce propos l'article du Monde du 20 mai 1980).

Et l'Italie y remporta sa 3e Coupe du monde, Rossi finit meilleur joueur et buteur. Le Ballon d'or vint couronner cette année exceptionnelle. «Sous les couleurs d’un pays où le football est une véritable religion», précise 20 Minutes (France) s'il en était encore besoin.

«Terrible nouvelle au cœur de la nuit, qui bouleverse le monde du football, en Italie et dans le monde entier», indique La Gazzetta dello sport. «Paolo Rossi est mort, vaincu par un mal inexorable, le héros de l'Italie championne du monde 1982, celui qui a battu le Brésil de Zico, l'Argentine de Maradona, la Pologne de Boniek et en finale l'Allemagne de Rummenigge.» Excusez du peu. C'est «une vie pour le foot» qui s'envole, titre la RAI.

En 2018, dans sa série sur les «100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde», le site FranceFootball.fr avait parlé d'un «parcours exceptionnel où défiance, doutes, progrès, explosion et apothéose se sont succédé en l'espace de quelques semaines. C'est l'histoire d'une renaissance et d'une rédemption, celle de Paolo Rossi, attaquant de la Nazionale qui a connu le purgatoire avant de dominer le monde en plein cœur de l'été 1982.»

«Les Brésiliens ont gardé cette blessure à vif pendant des années, n'oubliant pas leur bourreau.» C'est ce que raconte Rossi dans son livre: «Je m'en suis rendu compte en allant au Brésil sept ans plus tard, pour la Coupe Pelé, Mondial des plus de 35 ans. J'ai eu droit à des insultes et à des jets de projectiles pendant les matchs. Et un jour, un taxi, après m'avoir reconnu, m'a intimé l'ordre de descendre de son véhicule! J'ai dû parlementer de longues minutes pour qu'il me ramène à l'hôtel...»

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Dans son numéro du 7 juillet 1982, France Football avait salué ainsi l'exploit, dans un article intitulé «La rédemption du grand pénitent»: «Et ce fut l'enchantement. Presque l'extase. Une super Squadra Azzurra préparée et motivée en conséquence, un spectacle grandiose, de la passion, de la couleur [...]. Le Paolo Rossi que l'on redoutait de ne plus voir sur un terrain. Celui qui nous avait ébloui en Argentine et chaque fois qu'il avait porté le maillot de la sélection avant sa mise à l'écart, avant la dure sentence que l'on sait. [...] Trois buts à la Rossi! Médusés, assommés, Valdir Peres et ses frères ne s'en remirent jamais.»

«S'il a brillé en sélection en 1982», Paolo Rossi a pourtant «connu une carrière de joueur plus contrastée, nuance Eurosport. Lancé par la Juventus Turin en 1973, il ne disputera que trois petits matchs en deux saisons à cause de trois blessures à un ménisque. Reparti en Serie B en 1976, il devient meilleur buteur de l'antichambre de l'élite et participe à la montée de Lanerossi Vicenza avec 21 buts. La saison suivante, son club titille la Juventus pour le scudetto et il finit à nouveau capocannoniere (24 buts). La Juventus tente alors de le récupérer, en vain.»

Auparavant, il y aura eu le Mondial argentin, en 1978. Et le 9 juin de cette année-là, la Gazette de Lausanne évoque un «physique frêle», mais une «volonté de fer»: «Il est «M. Tout-le-Monde». Des Paolo Rossi en Italie, il y en a des dizaines de milliers, comme les Paul Dupont en France ou les John Smith en Angleterre. Ce jeune homme d'apparence quelconque, au sourire timide, est devenu en quelques jours une des vedettes mondiales du football.» Le «M. Tout-le-Monde» était soudain «un personnage hors du commun». 

Plus tard, il reviendra à la Juve. «La saison 1983-84 est synonyme d'apogée [...]. Il forme un redoutable trio avec Platini et Boniek et accumule les trophées: Serie A, Coupe d'Italie, Coupe des Coupes, et Supercoupe d'Europe. En 1985, la «Vieille Dame» remporte la Coupe des clubs champions lors de l'effroyable finale du Heysel et ses 39 morts, qui sera le dernier match de Rossi avec les Bianconeri. Il file chez le rival, l'AC Milan. Handicapé par des blessures, son épisode milanais est un échec. Tout comme celui à l'Hellas Vérone. En 1987, Rossi décide de tourner la page à 31 ans après près de 400 matches de championnat, 154 buts et 48 sélections (20 buts).»


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