Ce qui serait bien au cours des débats précédant le vote du 27 septembre, c’est que les pères comprennent l’idée du congé paternité de manière parfaitement égoïste. C’est pour eux. Pas seulement pour «décharger la mère», «l’aider à passer le cap des premières semaines», genre d’arguments que je lis autour de cette disposition pour qu’ils aient enfin deux trop petites semaines à caser dans les six premiers mois pour s’occuper de leur enfant.

L’idée de la paternité, et du congé qui va avec, n’est donc pas de devenir un vague intérimaire, suppléant la mère. C’est même agaçant, cette façon permanente de trouver si chou un papa qui se sert d’une lingette. Ou pire, de s’émerveiller quand il se retrouve aux commandes de la poussette, avec l’air de maîtriser le slalom en rayon de supermarché comme s’il roulait avec une grosse moto.

Les voir jouer…

Ce que j’adore, moi, c’est voir mon mec jouer avec notre fille. Les regarder, seulement ça. Sentir, quand elle rigole, la relation qu’ils ont construite. Il avait pris un mois de congé à sa naissance, essentiellement sur ses vacances. C’est déjà le double de deux semaines. J’avais une copine dont le copain, chef de chantier, n’avait pu prendre qu’un seul jour, avant de retourner au travail de 7 heures à 7 heures du soir. Mais quand j’ai raconté fièrement le mois du mien à ma famille norvégienne, ils ont tout de même trouvé ça pathétique: là-bas, c’est 15 semaines. Leur social-démocratie n’a pas l’air de considérer un enfant comme une entrave au bon fonctionnement économique du pays.

Lire aussi: En Norvège, un an pour devenir parents

Mais pendant ce temps, mon homme est devenu mieux que simplement «autonome». Bien sûr qu’il gère, le dodo, manger, la crèche. Evidemment que cela participe du fameux «partage des tâches», de l’égalité. Et me permet de faire autre chose, bosser, mais aussi sortir boire un verre ou me balader à la montagne sans que cela nécessite cent ans d’organisation et des listes sans fin de choses à ne pas oublier: il sait.

Mais il sait surtout où est sa place. Car le congé paternité lui a servi à trouver sa paternité, à l’habiter, à en faire une chose à soi, son regard, sa façon, une manière à lui de faire grandir un enfant, de montrer un chemin complémentaire au mien. On ne naît pas père, on le devient. Et ces semaines du début, elles ont beaucoup compté pour la tête blonde que je regarde trotter en écrivant cette chronique: c’est bien elle, et tous les autres, l’enjeu et le centre de ce vote.


Chronique précédente:

A chaque présidentielle américaine son réseau social

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.