Leurs rires sont devenus des murmures égarés dans le souvenir. Le rire des enfants perdus par leur père dans les guerres entre ex-conjoints. Nombreux sont les divorces qui tournent au drame, quand la mère emmène les enfants à l’étranger ou refuse au père son droit de visite. L’inverse arrive aussi, mais moins fréquemment. Car nos sociétés, dans leur effort pour tendre vers l’égalité, autorisent pourtant de notoires exceptions: l’attachement de la mère au fruit de ses entrailles, dans l’inconscient collectif, est plus sacré que celui qui lie le géniteur à son rejeton. En ce nom-là on admet, on pardonne.

Pourtant, le souci des juges est bel et bien de conserver le lien de l’enfant avec ses deux parents, une exigence qui figure au cœur de la loi. Mais la justice est lente, on ne saurait le lui reprocher. Il arrive donc que des magistrats statuent bien après que la mère a emmené sa progéniture. Ils réévaluent alors la situation, s’appuient sur l’avis des psychologues. Et que disent ceux-ci? Que l’enfant n’est pas une balle de ping-pong. S’il s’est accommodé à sa nouvelle vie, si le temps a fini par effacer le père, ainsi soit-il.

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Cela peut conduire la justice à entériner un départ qui, de prime abord, avait été jugé illicite. Peut-être à raison. Mais peut-être à tort. Car priver un enfant de l’amour d’un père et de la moitié de ses origines, grands-parents compris, n’est pas sans conséquences. Pour s’en convaincre, il suffit, toutes proportions gardées, d’interroger les enfants placés que la Suisse se prépare à indemniser.

Que faire, alors? S’il n’y a pas de solution miracle, certains pays, anglo-saxons notamment, font mieux que la Suisse. Primo, en se montrant plus coercitifs à l’égard des parents qui se moquent des décisions de justice. Par le retrait de garde, par exemple. Secundo, en créant des instances binationales, comme le propose un professeur de droit, puisque les Etats échouent souvent à collaborer en cas d’enlèvement. Tertio, en obligeant les conjoints à la médiation préalable, afin d’éviter que le conflit ne soit porté devant les tribunaux et ne s’enlise dans les abysses du temps. Car il en résulte alors des pères subsidiaires. Des papas en option, dont on écoute les lamentations avec une pitié embarrassée, mais dont les enfants pleureront un jour la nécessité refoulée.


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