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Toujours proche du peuple… Jeudi à Bogotá.
© Jose Jacome/EPA/Keystone

Revue de presse

Le pape en Colombie pour «repousser les ténèbres de la vengeance»

François espère grandement contribuer au processus de réconciliation nationale dans ce pays longtemps miné par la guerre civile et le cancer des narcotrafiquants. Mais tous les Colombiens n’apprécient pas sa venue

Le pape François a appelé jeudi la Colombie à «fuir toute tentation de vengeance» et à chercher la paix «sans répit». Il prononçait le premier discours de sa visite dans ce pays en voie de pacification après plus d’un demi-siècle de guerre. «La recherche de la paix est un travail toujours inachevé», a-t-il déclaré devant les autorités politiques et religieuses, rassemblées sur la place d’armes du palais présidentiel Casa de Nariño, à Bogotá: «Elle exige l’engagement de tous.» Il a aussi remercié tout le monde «pour les efforts […] faits», en incitant les fidèles à ne perdre «ni la joie ni l’espérance». Car «il faut aller de l’avant», a-t-il déclaré, indique El Espectador.

Tout juste une semaine après l’entrée en politique des FARC – l’ancienne guérilla communiste –, François, dont c’est la première visite dans ce pays, a aussi encouragé les Colombiens à s’efforcer de «fuir toute recherche d’intérêts uniquement particuliers et à court terme». Dans son deuxième discours, il a ensuite lancé un appel aux jeunes en les incitant à «pardonner». Dans son homélie, il a dénoncé «les ténèbres de la soif de vengeance et de la haine qui tache de sang humain les mains de ceux qui se rendent justice eux-mêmes», dit Radio Vatican.

Lire aussi: Le 18 août 1989, le cancer de la mafia colombienne faisait des métastases

Il est arrivé mercredi en fin d’après-midi dans ce pays où il effectue une visite officielle de cinq jours, là «où sont recensés 45 millions de catholiques (sur 48 millions de citoyens)», rappelle Courrier international. C’était «un événement tant attendu que de nombreux sites d’information affichaient un décompte de minutes avant son arrivée». Puis la visite pontificale a fait la une des journaux colombiens, eux-mêmes très divisés sur le processus de réconciliation qui est encore «marqué par la haine», selon El Colombiano.

Certains redoutent par exemple «le soutien que pourrait apporter le pape à des gens qui n’ont pas payé pour leurs crimes et ont terrifié notre continent», comme le dénonce l’avocat Juan Carlos Moncada sur le site d’information Las2orillas.co. «Même si les Colombiens souhaitent vivre en paix et en harmonie, la participation en politique des membres des FARC, avant même qu’ils soient jugés alors qu’ils ont reconnu leurs crimes, est difficile à accepter», lit-on dans le quotidien colombien El País.

A ce moment clé de l’histoire de la Colombie, les prochaines déclarations du pape François sont évidemment très attendues. Il faut dire qu’«avant même d’avoir atterri à Bogotá, [il] a pu engranger une petite victoire. L’Armée de libération nationale (ELN, castriste) a convenu d’un cessez-le-feu bilatéral avec le gouvernement du président Juan Manuel Santos (centre droit). Depuis des semaines, les observateurs espéraient que sa venue pousserait l’ELN à la conciliation», fait remarquer Le Monde.

Mission impossible?

D’ailleurs, Jean-Pierre Gontard, «l’artisan de paix mandaté par la diplomatie suisse et fin connaisseur de la réalité colombienne, vient d’être invité à Bogotá […] pour participer à la cérémonie officielle» au cours de laquelle les FARC se sont transformés en un parti politique, «dix-neuf ans après la première rencontre entre FARC, ELN et autorités colombiennes à Genève». Il analyse, pour La Cité, le contexte et la signification de cette visite.

Mais «la personnalité et la présence du pape François peuvent-elles contribuer» à la «difficile réconciliation» totale? se demande encore le quotidien français. Le souverain pontife présidera ce vendredi «une rencontre entre victimes du conflit armé et bourreaux (anciens militaires, paramilitaires ou guérilleros accusés de crimes atroces)» avec, comme leitmotiv: «Faisons le premier pas.» Ce qui agace «profondément les secteurs les plus conservateurs de la politique. Sur les réseaux sociaux, ils s’inquiètent de l’influence du pape «mamerto». En bon colombien, cela signifie «communiste.»

«Bergoglio, le faux prophète»

Même réflexe de la part de ceux qui «vont à la messe» et dont les «maisons sont pleines d’images pieuses». Selon la RTBF, «ils honorent Dieu le père, mais pour les catholiques ultra-conservateurs de Colombie, le pape François n’est pas le bienvenu. C’est un pape illégitime, affirment-ils en chœur. Bien qu’ils admettent n’être qu’une minorité, ils ont une influence politique certaine. […] Comme disent les diplomates, la visite est «non grata». Pourquoi? Parce que c’est un faux pape, un faux prophète de Dieu. Il est probable qu’au lieu d’apporter des bénédictions au pays, il apporte des malédictions. […] Pour eux, il n’est que Bergoglio, le faux prophète qui selon la Bible octroie ses pouvoirs à Satan.»

«Attention, toutefois, à ne pas réduire ce voyage à une question politique», met en garde Guzman Carriquiry, le vice-président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine, dans La Croix. La grande célébration prévue aujourd’hui portera à la fois sur la réconciliation «entre Colombiens, avec Dieu et avec la nature». «Le pape l’a voulue dans un contexte liturgique et non politique», à Villavicencio, qui «est une porte ouverte sur toute l’Amazonie», souligne Carriquiry. «François pourrait aussi y évoquer le Venezuela.»

«Dans l’antre du diable»

Et de poursuivre: «Les étapes du voyage seront autant de possibilités […] de lier le message évangélique à ce que vivent les Colombiens, que ce soit vis-à-vis d’une classe politique très corrompue qui peut s’afficher très catholique tout en votant les lois sociétales les plus permissives du continent, ou d’une Eglise locale encore très marquée par un cléricalisme contre lequel le pape n’a jamais mâché ses mots.»

Reste que «c’est une visite pastorale», rappelle Greg Burke, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège: «Il sera question de la paix, mais le pape va d’abord annoncer l’Evangile.» Le Point, plus circonspect, va jusqu’à se demander s’il n’en fait pas un peu «trop», ce pape, en se rendant à Medellin, par exemple: «Une visite du jésuite argentin au cœur de l’ex-fief de Pablo Escobar et de sa bande de trafiquants de drogue. Le représentant de Dieu dans l’antre du diable»…

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