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Le pape François, ce jeudi lors d’une visite à l’hôpital pédiatrique Bambino Gesù, à Rome.
© Max Rossi/Reuters

Revue de presse

Le pape François, 80 ans, bon pied bon œil, adulé mais aussi attaqué

Le souverain pontife souffle ce samedi ses 80 bougies. Une étape symbolique dans son parcours réformateur au ton nouveau qui séduit le grand public. Mais qui indispose la frange conservatrice de l’Eglise

Il y a 47 ans, «le 13 décembre 1969, Jorge Maria Bergoglio, futur pape François, était ordonné prêtre dans la Compagnie de Jésus», rappelle Radio-Vatican. Autre anniversaire, lors de l’audience générale du 14, dans la salle Paul-VI, il «a jeté un froid dans l’assistance», s’étonne le site très conservateur Médias-Presse. info. Confusionniste comme à son habitude, il n’a pas trouvé mieux que de faire la morale au souverain pontife lui-même en le traitant de «superstitieux», attitude païenne et contraire à la doctrine.

Alors que des pèlerins se bousculaient pour adresser leurs vœux de joyeux anniversaire dans une ambiance survoltée, «le moins excité de tous», c’était «le pape lui-même». Il les a donc remerciés, ces fans, tout en leur déclarant: «Je vous dirais une chose qui vous fera rire. Chez moi, souhaiter joyeux anniversaire à l’avance, ça porte malheur. Et celui qui fait des vœux d’avance, c’est celui qui porte la malchance.» «Cela a calmé net l’euphorie» des gens présents au Vatican!

Allergique aux vacances et casanier

Reste que 80 ans, c’est d’habitude l’âge de la semi-retraite pour les cardinaux qui, une fois passé ce cap, n’ont plus le droit d’élire un souverain pontife lors d’un conclave. Mais le pape François, le premier Latino-Américain à s’être installé au Saint-Siège, lui, allergique aux vacances, n’entend pas faire de la figuration. Son emploi du temps est truffé de cérémonies religieuses, audiences et bains de foule. Pourtant casanier, il a fait 17 voyages à l’étranger en près de quatre ans et prévoit pour 2017 un pèlerinage à Fatima (Portugal), un voyage en Inde et au Bangladesh, et peut-être un autre en Afrique…

En attendant, le Portail catholique suisse informe que Mgr Vitus Huonder, évêque de Coire, se rendra à Rome ce 17 décembre «pour une audience privée avec le pape». Une rencontre prévue de longue date, au cours de laquelle il lui remettra «une relique de Nicolas de Flue, alors que s’ouvre le jubilé des 600 ans du saint patron de la Suisse». Mais pas question d’aborder «les spéculations publiques» autour de sa succession dans les Grisons, dans un contexte complexe, avec des «prises de positions médiatiques» au sujet de celui «qui doit présenter sa démission l’an prochain pour raison d’âge».

Une adresse mail ad hoc

En toute simplicité, on peut souhaiter un bon anniversaire au pape via une adresse courriel ad hoc: papefrancois80@vatican.va. Et «sur les réseaux sociaux, le mot-clé #Pontifex80 a […] été créé pour l’occasion». Ce samedi 17 décembre au matin, il présidera une messe à 8h dans une chapelle des palais pontificaux, en présence des cardinaux vivant à Rome, selon France Télévisions. Bon pied bon œil, même si une hanche douloureuse lui fait parfois perdre l’équilibre. D’ailleurs, il n’évoque plus vraiment une démission si son énergie l’abandonnait, comme son prédécesseur Benoît XVI (89 ans) a eu l’audace de le faire. «Je vais de l’avant», a-t-il lancé cet été, enterrant des propos plus mélancoliques prononcés en mars 2015: «J’ai la sensation que mon pontificat va être bref, quatre ou cinq ans.»

Jorge Bergoglio, né à Buenos Aires dans une famille modeste, élu 266e pape le 13 mars 2013, à l’âge de 76 ans et 89 jours, était alors «considéré comme un pape âgé», écrit La Croix, qui livre un tombereau de statistiques pour «tout savoir sur l’âge de ses prédécesseurs». Il a vécu presque toute sa vie dans la capitale argentine, où il a arpenté les bidonvilles et côtoyé la violence. Mais maintenant, sa bonhomie souriante s’évanouit subitement lorsqu’il pourfend une société imperméable au sort des migrants ou un système économique broyant les plus pauvres. D’ailleurs, «ces dernières années», se souvient Radio-Vatican, il a «marqué son anniversaire avec une distribution de centaines de sacs de couchage aux sans-abri de Rome ou l’envoi de nourriture dans un centre d’accueil pour migrants».

En août dernier, El Mundo, à Madrid, disait que dans ses «propos que les responsables du monde entier devraient écouter», il va «à l’encontre de certains courants politiques qui sont malheureusement en train de se répandre dans la société occidentale». Aux jeunes, il demande «une nouvelle attitude pour changer le monde» et critique ceux qui ont apparemment «pris leur retraite trop tôt» ou confondent le bonheur avec le fait de «se reposer sur le canapé». Dans le contexte actuel, il est celui qui représente la plus haute «autorité morale», qui met en garde «contre les dangers de la violence, du terrorisme et de la xénophobie».

Si le sablier de son pontificat s’écoule lentement mais que l’infatigable souverain pontife semble toujours mu par la mission pressante d’inciter une Eglise désertée dans certains pays à accompagner avec miséricorde les catholiques en situation irrégulière, «on peut parler d’une révolution, dans les traces du concile Vatican II» (1962-1965), qui avait ouvert l’Eglise sur le monde moderne, indique à l’Agence France-Presse (AFP) le vaticaniste Marco Politi, correspondant au vatican du quotidien La Repubblica. Ce que Le Point interprète comme les agissements d’«un fauteur de troubles».

«C’est un grand réformateur qui essaie de faire sortir l’Eglise de son obsession historique des tabous sexuels», résume-t-il. Il est le premier pape à avoir invité un transsexuel au Vatican, et il refuse de juger les homosexuels. «Pour lui, l’Eglise est un «hôpital de campagne», pas un poste de douanes» qui trie les bons et les mauvais chrétiens, note Politi. L’Argentin a été élu, entre autres, pour poursuivre la restructuration économique du Saint-Siège entamée sous Benoît XVI, avec par exemple la fermeture de comptes suspects à la banque du Vatican, longtemps accusée de blanchiment d’argent sale. Il s’est aussi entouré de huit cardinaux pour l’assister dans une réforme semée d’obstacles de la Curie, le gouvernement du Vatican.

Lire aussi: Pour l’ouverture du synode, le pape François compare l’Eglise à un hôpital de campagne

«Sur le plan doctrinal, il n’a rien changé, il n’a jamais fait partie des progressistes», stipule toutefois Marco Politi. Ainsi, le pape n’entend pas ordonner des prêtres mariés ou des femmes et reste horrifié par l’avortement. Il aimerait que sa laborieuse impulsion réformatrice ait «une continuité», rapporte ce fin connaisseur du Vatican dans son ouvrage au titre explicite, François parmi les loups, qui plonge dans les intrigues et les tensions de la papauté après Vatileaks, selon le compte rendu qu’en a fait Le Monde il y a deux ans.

Mais ses détracteurs conservateurs regardent leur montre. Dernier épisode d’une mini-fronde: une lettre de quatre cardinaux exprimant des «doutes» sur un texte d’avril dans lequel François, sans remettre en cause le dogme du mariage indissoluble, ouvre un accès à la communion pour certains divorcés remariés civilement. Ainsi, «le pape a semé beaucoup de confusion au sein de l’Eglise», commente à l’AFP Marco Tosatti, vaticaniste réputé conservateur. Le fait qu’il ait annoncé participer au 500e anniversaire de la Réforme en 2017, selon Eurotopics, est par exemple aussi «un geste fort» qui en bouscule plus d’un: il «s’attache à souligner ce qui unit les chrétiens plutôt que ce qui les divise».

«Re-Habemus Papam»

En visite dans le Caucase en octobre dernier, il avait aussi «multiplié les déclarations» sur la «théorie du genre», l’accusant de viser «l’endoctrinement des esprits» et «la destruction du mariage», selon Courrier international. «Re-Habemus Papam», s’était alors exclamé Marcello Veneziani, ravi, dans le journal conservateur Il Tempo. «Cette fois, nous avons un pape, le vrai. Pas le président de l’Eglise politiquement correcte que nous avons connu ces derniers temps. Mais le pape de l’Eglise catholique apostolique romaine, comme nous le connaissions depuis deux mille ans. C’est un tournant – espérons que cela ne soit pas une simple bévue.»

Sur ce, l’économiste Elisabetta Addis, qui a abondamment écrit sur les études de genre, lui avait adressé une lettre ouverte sur son blog, hébergé par Le Huffington Post italien: «Cher Bergoglio, très cher François. Tu es de nouveau intervenu sur ce sujet, et je me dois donc de te répéter une chose que tu devrais désormais savoir. Le genre n’est pas une théorie, c’est un fait.»

«Populaire, sympa et gai»

«Il donne une image populaire, sympa et gaie à l’Eglise, reconnaît Veneziani. Mais les soldes d’été n’attirent pas les nouveaux clients! Les églises protestantes classiques ont beau être ouvertes sur le monde, elles n’accueillent plus personne. C’est le pape des journalistes, excellent en communication», note-t-il, mais, selon lui, les réformes internes auraient du plomb dans l’aile, même si «une majorité de prélats» sont dans sa «ligne», constate finalement Le Figaro.

Le pape jouit aussi d’un fort consensus chez les fidèles, et aussi chez certains agnostiques et non croyants. C’est une autre histoire dans les cercles ecclésiastiques, confirme Politi: «Je vois la guerre civile à l’intérieur de l’Eglise!» Face aux réformateurs très discrets, les ultraconservateurs tentent de discréditer le pape, avance cet expert. «Le but n’est pas de faire un coup d’Etat, mais de poser une hypothèque sur la succession. C’est comme le Tea Party qui a passé des années à saboter l’autorité d’Obama et a eu un effet sur l’élection de Trump.»

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