Revue de presse

Le pape François sort un nouveau livre, et c’est le pitre Roberto Benigni qui en fait la promotion

Outre l’incroyable sens de la communication de Jorge Mario Bergoglio, le contenu du «Nom de Dieu est miséricorde» n’est pas piqué des vers! Le pape y dénonce tous les vices de l’Eglise catholique, comme un psychologue et non comme un prêcheur

«Il fait des ravages, le pape François», avec son «communiquant de choc», constate L’Express. Car c’est bien… l’acteur et cinéaste italien Roberto Benigni qui a fait le show – avec ironie et poésie – pour présenter le livre d’entretiens du pape François, Le Nom de Dieu est miséricorde, sorti mardi dans une vingtaine de langues et 86 pays, chez Robert Laffont en français. A la joie de tous:

Commentaire dudit comique: «Il n’y a que le pape François pour faire présenter son livre par un cardinal de Venise, un détenu chinois et un comique toscan», a-t-il lancé lors d’une conférence de presse à Rome, où étaient également présents le N° 2 du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, et un détenu récemment converti, qui avait obtenu une permission spéciale de sortie.

«Ce pape ne s’arrête jamais, il marche, il marche, il conduit toute l’Eglise vers un certain lieu: le christianisme», a déclaré l’acteur devant des centaines de journalistes. L’ouvrage est en fait un recueil d’entretiens réalisé avec le vaticaniste de La Stampa de Turin, Andrea Tornielli. Qu’en dit l’inénarrable et spectaculaire Benigni, alors? Ceci, et c’est à peine croyable que cette commedia dell’arte se passe au Vatican:

«C’est un livre qui nous caresse», estime Benigni (@Robertobenigni1 sur Twitter), en précisant que la joie est «le grand, le gigantesque secret du christianisme». Pour lui, «aimer ses ennemis est la phrase de Jésus la plus bouleversante qui ait été prononcée dans l’histoire de l’humanité», ajoute-t-il avec force gesticulations en proposant ses services au pape: «S’il a besoin d’un garde suisse, d’un chauffeur, je suis prêt»… Même La Croix juge qu’il «a décoiffé la communication vaticane par un numéro d’éloquence plein d’esprit».

Pour la com', c’est donc réussi. D’autant qu’était là aussi, à Rome, Zhang Agostino Jianquing, un jeune Chinois purgeant une peine de vingt ans de prison dans le nord de l’Italie. Il a tenu à remercier le pape pour son attention aux détenus, lit-on dans La Stampa, justement. Né dans une famille bouddhiste, tombé très jeune dans la criminalité, il s’est converti au catholicisme en prison.

«Un pitre au royaume du Pape», dit le site Actualitté, qui explique comment ce «coup» extraordinaire a pu se produire. «Les services d’attaché de presse de Roberto Benigni sont réputés pour leur qualité: Dante, par exemple, n’a absolument pas à se plaindre des explications de textes que l’acteur a pu réaliser à la télévision italienne. […] Benigni s’est également mis en tête d’expliquer les textes sacrés. […] Quand à l’école, on me demandait «Que veux-tu faire quand tu seras grand?», je répondais «Pape»! Tout le monde se mettait à rire et alors j’ai compris que je devais faire humoriste», rapporte La Repubblica. D’où cette conclusion, mardi à Rome:

Le contenu du livre

Voilà pour la promo de ce livre, présenté avec «joie et émotion», selon la formule de Radio Vatican, et dont «Benigni est certain qu’il saura s’adresser aux croyants et aux athées, parce qu’il «soulève les cœurs sans pour autant noyer le cerveau», lit-on dans Avvenire. Le pape François y affirme sa volonté de rendre l’Eglise plus «maternelle», dénonçant les attitudes hypocrites et le rigorisme de l’Eglise. Interrogé par Tornielli sur le sens de cette «miséricorde» pour laquelle il a voulu un jubilé extraordinaire – l’Année sainte, rappelle L’Osservatore romano – Francesco témoigne, sur un ton familier, d’expériences vécues comme prêtre confesseur au contact de blessés de la vie, d’attitudes exemplaires ou mauvaises observées dans le clergé.

Cela parle simplement de «mon expérience», de «ma vie», a-t-il dit auparavant, lundi soir, à la présidente du groupe Mondadori, Marina Berlusconi (la fille de Silvio), éditeur italien de ces 122 pages dans lesquelles Jorge Mario Bergoglio insiste sur sa condition de «pécheur» et dit aussi sa proximité avec les détenus. Il en parle comme un professeur de psychologie, matière qu’il a enseignée. Aligne les anecdotes et les remarques moqueuses: «Parfois, je me suis surpris à penser qu’une bonne glissade ferait du bien» à des personnages rigides de l’Eglise, car il se reconnaîtraient ainsi «pécheurs».

Parmi les œuvres de «miséricorde spirituelle»? Ne jamais oublier de «supporter patiemment les personnes ennuyeuses». Ou «ceux qui font comme les chiens, léchant leurs propres blessures». Le cynisme des «corrompus qui se lassent de demander pardon». «L’hypocrisie de ceux qui croient que le péché est une tache et qu’il suffit d’aller dans un pressing» pour la faire enlever. Que voilà «un extraordinaire révolutionnaire!» commente Benigni. Et il se marre – ou fait semblant, on ne sait jamais:

Dans Le Nom de Dieu…, le pape parle aussi du confessionnal, où il aimait apporter ne fût-ce qu'«un rai de lumière» aux pénitents et au sujet duquel il fustige la curiosité «malsaine» de certains prêtres en matière sexuelle. Exemple: «A une adolescente de 13 ans, un confesseur avait demandé où elle mettait les mains quand elle dormait»… Le livre permet donc au pape de revenir, exemples à l’appui, «sur ce qu’est cette démarche vivante dynamique, de la personne qui fait pénitence et qui est pleinement pardonnée», explique l’auteur vaticaniste Jean-Louis de la Vayssière à France Info.

Et de dénoncer d’autres attitudes inacceptables: ainsi cet Argentin très religieux qui avait une «liaison avec sa propre domestique»: «Il trouvait cela normal, parce que les domestiques, disait-il, étaient là au fond, pour ça!»; ainsi ce prêtre qui demande à une femme en Argentine 5000 dollars pour mener à bonne fin la reconnaissance de nullité de son mariage; ou cet autre qui refuse aux parents d’un nouveau-né mort sans baptême d’entrer dans une église.

Critique du relativisme

François, en continuité avec ses prédécesseurs, porte aussi un jugement sévère sur le «relativisme» contemporain, qui «blesse les personnes». Pourquoi, par exemple, s’interroge-t-il, «tant de gens, hommes et femmes, jeunes ou vieux, de tous les milieux sociaux, recourent […] aujourd’hui à des mages ou à des cartomanciens». Mais, prudents sur la doctrine, ces entretiens ne contiennent pas de nouveautés sur les divorcés remariés ou les homosexuels.

Pourquoi? Parce qu’il dit préférer «que les personnes homosexuelles viennent se confesser, qu’elles restent proches du Seigneur, que nous puissions prier ensemble. On peut leur conseiller la prière, la bonne volonté, leur indiquer le chemin et les accompagner.»

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