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Avec un nouveau capitaine à sa barre, le paquebot Nestlé vire de bord.
© DENIS BALIBOUSE/Reuters

Analyse

Le paquebot Nestlé, pas si lourd à manœuvrer

Le fonds activiste Third Point moquait cet été les «vieilles manières» du géant veveysan et sa lenteur à se réformer. En réalité, la transformation avance à grand pas. Plus vite que ce que tout le monde l’avait imaginé

On dit parfois que les douaniers sont les premiers ambassadeurs de leur pays. A l’occasion de la présentation des résultats annuels de Nestlé, l’un des cadres du groupe admettait les solliciter de temps à autre pour mesurer la réputation de la multinationale de l’agroalimentaire.

Or à l’occasion de ses voyages aux Etats-Unis, l’un des plus gros marchés pour Nestlé, les douaniers, d’ordinaire si inquisiteurs, persistaient à résumer le groupe à un candy-producer ou, pire, aux barres chocolatées Butterfinger.

Ce n’est pas faute d’avoir tenté de changer cette image de producteur de caries. Il y a une décennie, l’ancien directeur de Nestlé Paul Bulcke parlait déjà de virage nutritionnel et investissait des millions dans les «alicaments», ce néologisme (contraction entre aliment et médicament) à qui l’on promettait un bel avenir. Les millions se sont aujourd’hui convertis en milliards et c’est maintenant que le virage se matérialise vraiment.

L’abordage des pirates

Avec un nouveau capitaine à sa barre, le paquebot Nestlé vire de bord. Plus vite et plus brutalement que ce à quoi l’on pouvait s’attendre.

Tout récemment, le groupe aux 2000 marques a acheté le spécialiste canadien des produits nutritionnels Atrium Innovations. Plus emblématique encore: il s’est séparé de ses activités américaines de confiseur, qu’il a cédé à son ancien rival Ferrero. Ce recalibrage du portefeuille Nestlé vaut son pesant de milliards de francs: 5,1 si l’on cumule les deux opérations. Soit l’équivalent de quelque 6% des ventes du groupe. Et ceci en un mois. Un rythme trop rapide pour les douaniers américains.

Il n’en fallait pas plus pour que Third Point actionne la sirène du paquebot, soulignant la «réponse» Nestlé à «sa thèse d’investissement». Parti à l’abordage de la multinationale en juin dernier, le fonds d’investissement avait exigé, dans une feuille de route largement diffusée aux médias, des réformes rapides destinées à créer davantage de valeur pour les actionnaires.

Lire aussi: Un fonds activiste américain contre les «vieilles manières» de Nestlé

Parmi les revendications de ces pirates 4.0: le manque d’agressivité de l’ancienne direction, le défaut d’anticipation sur les marchés et une «culture de l’immobilisme» prévalant dans la si tranquille multinationale helvétique.

Changement de marchandise et d’équipage

Nestlé n’a pas attendu qu’ils montent à bord pour lancer les grandes manœuvres. Mais les petits actionnaires qui trimaient en galère voient maintenant le mouvement s’accélérer, et le virage est plus visible.

Chaque semaine, Nestlé fait des siennes et le nouveau porte-parole du groupe avouait n’avoir jamais eu autant de travail. Exit les sucreries Crunch, Raisinets ou Butterfinger (celle des douaniers). Les marques sur lesquelles le groupe entend capitaliser se nomment désormais Blue Bottle, Goldenberry ou Garden of Life. Dans des marchés occidentaux saturés, seuls ces produits organiques, véganes ou compléments alimentaires affichent encore des marges de croissance.

Nestlé n’a pas non plus hésité à annoncer la fermeture de son laboratoire dermatologique à Sophia-Antipolis, près de Nice, entraînant 400 suppressions de postes et l’arrivée de cars de manifestants Français à Vevey. Un changement de stratégie brusque puisque le groupe avait acquis toutes les parts de cette filiale Galderma il y a à peine trois ans.

Plus de port d’attache

Les activités suisses ne bénéficieront plus d’immunité, comme l’a clairement signalé la direction de Nestlé. Les activités veveysannes seront concentrées sur six sites (au lieu de 21), l’usine soleuroise Galderma (encore) va être fermée en fin d’année et le centre de recherche chocolatier de Broc sera délocalisé vers York. Oui vous avez bien lu: pas autre part en Suisse ou en Belgique, en Angleterre.

Plus discrètement c’est tout le système de gestion d’actifs, en partie basée à Vevey, qui est passé à la trappe. Soit 35 personnes pour une économie de plus de 100 millions de francs grâce à une externalisation chez Blackrock, comme nous l’expliquait récemment Jean-Philippe Bertschy. Pour l’analyste de Vontobel, c’est clair: Nestlé est «en avance» sur son plan d’économies pour 2020.

Le rythme est saisissant, d’autant qu’en parallèle Nestlé continue de bichonner ses actionnaires avec son programme de rachats d’actions. Depuis juin, le groupe en a racheté pour plus de quatre milliards de francs, soit des millions chaque jour. D’ici à deux ans il devrait encore en racheter pour 16 milliards de francs. Un véritable raz de marée sur les marchés financiers. Et l’on ne sait pas encore ce que fera Nestlé de ses quelque 23 milliards d’euros de parts chez L’Oréal après le 21 mars, à l’échéance de leur pacte d’actionnaires. Alors qui a dit que le paquebot Nestlé est lent à manœuvrer? Les douaniers américains finiront bien par en prendre note.

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