Du bout du lac

La parabole de la piscine à boules

Petit secret de grand-mère pour calmer les aigreurs (politiques)

Life is beautiful on the New York Times, chantait le glorieux Rufus Wainwright. C’était avant. Avant les executive orders, le total disorder et les musulmans interdits par décret, c’est-à-dire le mépris de tout ce qui fait de nous des hommes (paf). Désolé Rufus, mais depuis quelques jours, life is ugly on the New York Times. Et donc un peu partout.

Ici, tout autour de nous, le dynamitage de la ligne rouge par un président américain en roue libre a d’immédiates conséquences: la testostérone agit, la transgression enhardit et la parole se libère. Le leader du monde libre bannit des arabes, et dans l’ombre sourd une diffuse approbation. Elle dégouline sur les réseaux, «réinforme» comme elle peut, et finit par séduire, à la louche, un bon tiers du paysage. Eux et nous, moi d’abord; les fronts se forment.

Puisqu’il est idiot de tendre un bâton pour se faire battre, j’éviterai la leçon des années trente, la peste brune et tout le tremblement. On s’en passera pour comprendre que la guerre de tous contre tous n’est pas précisément le meilleur des mondes. Laissez-moi plutôt vous servir une parabole imparable, à très haut potentiel urticant chez d’éventuels détracteurs: celle du sage Burkinabé, rencontré sur une terrasse genevoise. C’était mardi.

Sous un ciel bas, l’Africain de passage m’explique en substance que nous avons tous des problèmes. Qu’il a les siens, que j’ai les miens, que vous avez les vôtres. Et qu’il est illusoire, pour qui que ce soit, de vouloir marteler ses problèmes sur la tête de son voisin sans entendre les siens. «La vie est un roulement», conclut le scintillant nomade: nous devons laisser nos ennuis faire leur place entre ceux des autres. Ni plus, ni moins. Et le roulement faire son oeuvre, comme dans la piscine à boules d’Ikea.

Les groupies du nouvel ordre orange et autres chantres ragaillardis du «moi d’abord» (America First, en français) enverront certainement balader le Burkinabé, sa sagesse et ma piscine à boules loin de leurs certitudes batailleuses. C’est dommage.

Ils pourraient aussi bien en retenir, comme un secret de grand-mère, un petit conseil susceptible de calmer leurs aigreurs: acceptez le mouvement, plutôt que de vous épuiser à vouloir le figer. N’espérez pas l’endiguer, accompagnez-le. Observez-le, comprenez-le, aimez-le. Et puis plongez, face à la pente, et domptez-le. Vivez, en fait! Ce qui fonctionne pour un Burkinabé en exil sur une terrasse grise doit pouvoir vous faire du bien.

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