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Oli Scarff/AFP

Chronique

Les Paradise Papers, ou la parabole de la paille et de la poutre

OPINION. Chacun peut s’étonner, s’émouvoir et même s’indigner des montages financiers révélés au gré des Papers dévoilés par la presse. Mais lorsqu’on est soi-même au bénéfice d’une exonération fiscale, mieux vaut le faire discrètement…

Ils auront été nombreux, les chevaliers blancs des organisations internationales, à faire des leçons sur la manière de bien payer ses impôts. On les aura entendus entonner le refrain du juste partage et de l’égalité sociale. Le genre de Pascal Saint-Amans. Avec un nom pareil, on lui confierait le bon Dieu sans confession. A défaut, on lui a laissé l’OCDE. Il s’en donne régulièrement et jusqu’à la caricature contre les vilains qui se planquent sur les îles, et plus encore contre les multinationales, responsables de tous les malheurs du monde. Il le répétait il y a quelques jours encore sur les ondes de la RTS:

Il faut dire que l’OCDE est passée maître en matière de fiscalité redistributive. Depuis des années, l’organisation lutte par tous les moyens contre la fraude fiscale. Avec l’appui de quelques Trésors publics qui n’ont pas connu d’excédent depuis les Trente Glorieuses, ils nous font part de leurs bons conseils en adoptant des modèles de convention incompréhensibles jusqu’à leur acronyme.

Toutes ces affaires me rappellent la vieille histoire de la paille et de la poutre, qui colle à la peau de ces pères la pudeur. Pour attirer les meilleurs, l’OCDE exonère ses employés de l’impôt sur le revenu, cela dans la plupart des Etats membres. C’est un fait trop méconnu: par le truchement d’accords internationaux, un grand nombre d’organisations permettent aux fonctionnaires d’échapper à la fiscalité en toute légalité. Cette concurrence aux mécanismes offshore n’a jusqu’ici pas bénéficié de son lot de Papers, on peut le regretter, mais tout vient à point.

Légal, illégal, moral, immoral…

Bref, si je calcule bien, Pascal Saint-Amans, «Monsieur impôt» de l’OCDE, n’en a pas payé sur son revenu depuis 2007. Ce qui ne l’a pas empêché, durant ces mêmes années, de s’époumoner à réclamer la justice fiscale pour l’argent des autres, la mise à mort des droits procéduraux des contribuables et la lutte contre l’optimisation fiscale des multinationales.

Les dissertations convenues sur ce qui est légal, illégal, moral et immoral tombent à plat quand on est protégé par de vieilles conventions entre Etats pour échapper au fisc en habitant en plein Paris. Avant de s’épancher dans la presse sur les bonnes pratiques fiscales, ces bouchers qui prêchent le véganisme seraient bien avisés d’apprendre à remplir une déclaration d’impôts. La leur.

L'opinion de Philippe Braillard, professeur honoraire de l’Université de Genève: Les Paradise Papers, une analyse superficielle qui confond droit et morale


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© Gabioud Simon (gam)