Opinions

Les paradoxes de l'effet Hocké. Par Daniel Audétat

Dommage! Le gouvernement vaudois était sans doute soumis à des impératifs de calendrier mais on regrettera qu'une annonce aussi retentissante soit faite en plein été. Car ce n'est pas toutes les années que les magistrats vaudois désignent un personnage de cette dimension pour prendre la direction d'un de leurs services: l'ancien haut-commissaire pour les Réfugiés des Nations Unies Jean-Pierre Hocké comme chef du Service cantonal des affaires extérieures, ça en jette, et ça en jette même loin.

L'effet médiatique de cette nomination permet d'abord à l'Etat de Vaud de redorer un blason passablement terni. Ces dernières années, à plusieurs reprises, le canton était allé chercher des carrures hors du service public pour vivifier un appareil administratif vieilli. Malheureusement, certains de ces cadres n'ont pas tardé à retourner d'où ils venaient. En s'engageant à son tour pour l'Etat cantonal, Jean-Pierre Hocké affirme haut et fort qu'il reste là des challenges passionnants.

L'arrivée de l'ex-haut-commissaire pourrait avoir un autre effet, qui déborde les frontières vaudoises.

Car la mise en chantier des collaborations intercantonales est à un tournant. D'un côté, cette dynamique donne l'impression de s'enliser. Non des Genevois au mariage des hôpitaux universitaires lémaniques (RHUSO), lenteur des rapprochements amorcés par les cantons du Mittelland, tergiversations des universités poussées à s'entendre, mollesse des cantons dans le cadre européen: les ombres ne manquent pas. Mais dans le même temps, le débat sur la réforme des institutions a été relancé par des propositions sans tabou. On voit ainsi les parlementaires des cantons romands jeter les bases d'une assemblée commune, l'ancien conseiller d'Etat Philippe Pidoux batailler pour l'union de Genève et Vaud, d'autres recommander de réduire à une poignée le nombre des cantons.

Dans ce contexte, Jean-Pierre Hocké tombe à pic. De l'assemblée communale de Begnins à l'ONU en passant par le CICR, son parcours le prédispose à jouer un rôle de catalyseur intellectuel au service de toute la Suisse occidentale. Son «aura internationale», comme dit le gouvernement vaudois, ne manquera pas d'effet lorsqu'il s'agira de plaider pour la transformation du fédéralisme helvétique, que cela soit face au grand public, auprès des cantons eux-mêmes et de la Confédération, ou encore sur la scène de l'Europe des régions.

Mais l'éclat de la nomination de cette ancienne vedette internationale n'est pas sans bémols. Agé aujourd'hui de soixante ans, il ne restera que cinq ans à la tête des «affaires extérieures» vaudoises. C'est peu pour un néophyte de la problématique intercantonale, bien peu lorsqu'on se souvient qu'il a fallu huit ans pour ficeler le concordat avorté du RHUSO. Le conseiller d'Etat Claude Ruey, chef du nouveau Département des institutions et des relations extérieures, aurait-il privilégié l'effet d'annonce au détriment de la cohérence sur le long terme? Pour l'instant, on ne verra qu'une chose: le canton de Vaud affirme sa volonté de retrouver un rôle central et dynamique sur la scène intercantonale. Avec l'attention qu'attire sur lui la personnalité de Jean-Pierre Hocké, il n'aura pas droit à l'erreur.

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