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Le parc d’Hérens et les clichés

Le parc naturel régional du val d’Hérens est contesté au nom de la prétendue main mise des citadins sur la montagne. Il est pourtant temps de dépasser ces réflexes de repli identitaire. Les communes alpines doivent s’efforcer de se brancher à toutes sortes de réseaux, même ceux à connotation écologiste, pour tenter de bénéficier du plus de ressources possibles

Les 14, 17 et 18 décembre prochains, la populations des six communes concernées par le Parc naturel régional Val d’Hérens sont appelées à se prononcer sur la charte qui les liera à l’organe du parc. Deux d’entre elles s’exprimeront par l’assemblée primaire (tous les citoyens communaux sont convoqués à une séance et sont appelés à voter) et les quatre autres, quelques jours plus tard, par un vote à l’urne. Nouvel outil promu par la Confédération dans sa nouvelle politique régionale dès 2007, le Parc naturel régional (PNR) est un label décerné à des régions dotées de fortes valeurs naturelles et paysagères. Les exécutifs et les présidents des communes d’Hérens sont favorables à ce projet qu’ils ont porté. S’y sont opposés officiellement quelques personnalités de la vallée, comme Narcisse Seppey, ancien chef du service cantonal de la chasse, ou Dominique Sierro, ancien président du Groupement de population de montagne du Valais romand (GPMVR), ainsi que la section Hérens de l’Union démocratique du centre (UDC). Motif principal de l’opposition: le parc ne ferait qu’introduire des contraintes et freinerait par conséquent le développement touristique et des constructions. Face à ces griefs, les partisans du projet se sont attelés à le définir moins par ce qu’il sera que par ce qu’il ne sera pas (un parc national, un «projet écologique»), et par ce qu’il n’empêchera pas (la chasse, l’héliski et la liaison skiable Evolène-Hérémence, selon eux).

Une première analyse rapide de cette controverse peut nous faire croire à la classique opposition environnement – développement. Historiquement, dans les régions de montagne, elle illustre la résistance des «montagnards d’en haut» face aux «citadins d’en bas», prompts à «coloniser» la montagne dès le XVIIIe siècle. On constate que les opposants au PNR mobilisent volontiers ce conflit entre «ville» et «montagne»: selon le tous-ménages qu’ils ont produit, le projet équivaudrait à établir une «réserve d’Indiens», un «terrain de jeux des citadins» sous la «tutelle de Berne».

Pourtant, le modèle selon lequel les citadins chercheraient à imposer leur diktat environnemental à des ruraux montagnards avides de développement, est, depuis plusieurs années déjà, battu en brèche par les événements récents dans le Val d’Hérens et dans les vallées alpines en général. Si les lignes de conflit sur de grands projets d’aménagement (touristique notamment) perdurent encore entre ceux qui représentent la «population locale» et ceux qui sont les porte-parole de la «nature» (le WWF par exemple), il est quantité de situations dans lesquelles la réalité est plus complexe. L’histoire récente du Val d’Hérens le démontre: quoi qu’en disent ses détracteurs, le projet de PNR n’est pas une imposition écologiste émanant de la Confédération, il est bel est bien porté par des personnes qui se disent autant «montagnards» que leurs adversaires. Il y a une dizaine d’années, les cinq communes de la rive droite de la Borgne (Nax, Mase, Vernamiège, Saint-Martin et Grône) décident de se lancer dans le projet «réserve de biosphère Maya Mont-Noble». Ce projet, déjà très contesté, est étendu quelques années plus tard à l’ensemble des communes, sous l’impulsion de la nouvelle Association des communes du Val d’Hérens, fondée en 2006. Pour ses partisans, le projet n’est qu’une étape de plus dans cette collaboration, pour l’instant fructueuse, entre ces communes.

La contestation, si l’on en croit le tous-ménages détaillant les arguments des opposants, provient tant des communes d’Evolène ou de Saint-Martin que d’Hérémence. Il serait alors tentant de déceler un effet de génération plutôt qu’un effet des rivalités entre communes. L’opposition est en effet portée, publiquement en tout cas, et si l’on excepte la position de l’UDC, par des anciens présidents de commune – Narcisse Seppey et Dominique Sierro ont été présidents d’Hérémence, Pierre-Henri Pralong a occupé aussi cette charge à Evolène. Face à eux, des présidents en poste depuis les années 2000 ou élus plus récemment. Ces deux «camps» illustrent deux manières de concevoir l’action des élus politiques de communes alpines, l’une verticale et l’autre horizontale. D’un côté, la commune, et plus largement la population locale, est considérée comme étant dans une relation de dépendance et de domination envers les échelons politiques supérieurs, plus particulièrement la Confédération. Il s’agit le plus possible de rechercher une autonomie de décision et de repousser toute mainmise extérieure, notamment celle qui entraverait un développement économique. De l’autre côté, les instances fédérales sont vues comme des partenaires parmi tant d’autres, pour réaliser l’auto-développement de la région. Les communes doivent s’efforcer de se brancher à toutes sortes de réseaux, même ceux à connotation écologiste, pour tenter de bénéficier du plus de ressources possibles.

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