Editorial

Parc national: un sacrifice rentable

La création d’un second sanctuaire naturel dans les Alpes suisses est le bon moyen d’endiguer la désertification des vallées – malgré l’opposition de certains habitants

Dimanche prochain, les Suisses ne voteront pas seulement sur la sortie du nucléaire, mais sur un autre enjeu écologique de taille: la naissance d’un nouveau parc national, 102 ans après la création du premier dans les alpes grisonnes.

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Dans un autre pays, un décret gouvernemental aurait suffi à sanctuariser la zone de 142 km2 qui doit former le cœur du futur parc Adula. Mais la beauté du système helvétique fait que la décision repose entre les mains d’une poignée de montagnards voisins de la réserve. A eux seuls, les quelque 1700 habitants de Blenio (TI), à la frontière entre Grisons et Tessin, possèdent un droit de veto sur sa création.

Cette primauté locale donne un pouvoir démesuré aux adversaires du projet. Dans leur idée, le parc est un carcan voulu par «ceux de la plaine» pour entraver leur droit à chasser, à pâturer, à habiter les montagnes dont ils sont propriétaires. Ce qui nous ramène à la question essentielle: comment justifier que l’homme renonce à son emprise sur un petit coin de Terre pour le laisser évoluer naturellement?

Dans un monde de plus en plus peuplé, artificialisé, la création de parcs nationaux représente un modeste sacrifice. Un geste par lequel l’humanité montre qu’elle peut modérer son impact souvent destructeur sur la vie. Avec les barrages, le ski et les résidences secondaires, les Alpes suisses ont payé un large tribut à la croissance. La création de ce second parc – minuscule en regard des zones exploitées par l’homme – ne serait qu’un juste retour des choses.

Confier cette décision aux populations alpines, c’est reconnaître leur grandeur d’âme, leur capacité à se projeter au-delà d’intérêts strictement individuels ou locaux. Mais il y a un argument plus matérialiste. Le parc Adula est la meilleure chance des vallées concernées d’attirer de la prospérité, des visiteurs et des investissements. A l’inverse, son refus représenterait le plus sûr moyen de désertifier davantage ces régions, parmi les plus isolées de Suisse.

A terme, on peut même imaginer des projets semblables ressurgir en Suisse romande, où les résistances locales ont toujours empêché leur émergence. Pour cela, un «oui» au nouveau parc le 27 novembre est un préalable indispensable.

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