Suite à la crise financière de 2008, les autorités des pays occidentaux avaient promis que les banques seraient mieux surveillées, plus prudentes, plus solides. Que leurs clients seraient mieux protégés, après avoir subi des pertes boursières et avoir dû renflouer le système bancaire. Huit ans après la chute de Lehman Brothers, l’actualité continue à nous fournir des histoires qu’on croirait sorties d’un autre âge. Avec deux motifs d’étonnement.

Le premier est que des fraudes vieilles comme le monde continuent à se produire. L’indémodable usurpation d’identité provoque toujours des détournements dans les banques suisses, malgré les hordes de spécialistes de la «compliance» (le respect de la conformité des opérations) que leurs patrons se désolent d’avoir dû embaucher pour faire face au renforcement de la réglementation post-2008.

Lire également : Le parcours du combattant d’un client de BNP Paribas victime d’une usurpation d’identité

Dans ce classique des places financières, un escroc vide le compte d’un client d’une banque en se faisant passer pour lui. Un simple piratage de la messagerie électronique du client offre quasiment les clés du coffre: numéro de compte, adresse de la banque, nom du gérant etc.

Ne reste plus qu’à surmonter les vérifications humaines effectuées par les banques, qui exigent par exemple la confirmation orale des ordres de paiements demandés par fax ou messagerie. Mais des accents douteux ou des orthographes exotiques n’attirent pas toujours l’attention des collaborateurs.

Seconde surprise, la protection des clients n’est pas ressortie renforcée de la crise financière. Un dossier concernant BNP Paribas à Genève donne même l’impression que l’inverse s’est produit.

Après une usurpation d’identité, le client lésé doit apporter la preuve que sa banque a commis une faute grave. S’il s’est fait hacker son compte de messagerie contenant ses identifiants et numéros de compte, c’est son problème, estiment généralement les banques. Sa démonstration doit en outre s’appuyer sur des éléments en possession de la banque: copie des ordres frauduleux, enregistrement de conversation téléphonique, rapport d’enquête interne.

C’est là que commence souvent un véritable parcours du combattant face à des banques régulièrement accusées de faire de l’obstruction, dans l’espoir que les plaignants se lassent ou manquent de moyens de lutter. Il était jusqu’à 2011 possible d’obtenir des documents via une procédure judiciaire simplifiée, plus rapide et moins coûteuse qu’un procès classique. Mais le nouveau code de procédure civile l’interdit et la justice genevoise vient de refermer cette porte. Suite à la crise, les victimes de fraude devront se montrer plus persévérantes, plus patientes et avoir plus de moyens.

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.