«Avant, j’aimais passer du temps à écrire, à faire de la sculpture ou du dessin. J’adorais créer. Maintenant, je n’ai plus aucune inspiration, ni aucune force.» Ce n’est pas le témoignage d’une personne atteinte de déprime hivernale, ou d’une mononucléose foudroyante. Mais celui de Maya, une maman qui aurait préféré ne jamais l’être.

Dans son livre Le regret d’être mère, chroniqué par une chère collègue à la fin de janvier, la sociologue israélienne Orna Donath donne la parole à des femmes qui, si elles pouvaient revenir en arrière, choisiraient de sauter la case bébé. Qui vivent la maternité comme un poids, comme une prison couleur pastel. Dans une société qui sacralise encore l’amour maternel, ces voix taboues sont enfin audibles. Et ne manquent pas de raviver, chez les quasi-trentenaires de mon espèce, une question vertigineuse: comment éviter de se tromper? Comment sait-on si on est fait pour être parent ou non?

Tout chambouler

Pour certains, le oui est limpide. Comme si fonder une famille faisait partie de leur code génétique, comme si fabriquer un être humain était un concept intelligible, anodin. Et ils ne manquent pas de le rappeler en babillant devant chaque landau Chicco qui passe.

Et puis il y a les autres. Ceux qui se sentent aussi prêts à enfanter que ce qu’ils étaient 20 ans plus tôt, ballottant distraitement leur Baby Born d’une pièce à l’autre. Adultes, en théorie, mais pas assez pour une telle responsabilité.

D’autant qu’on nous le répète sans cesse: lorsqu’ils ne sont pas en plastique, lorsqu’ils clignent des yeux même couchés (et hurlent même assis), les enfants chamboulent tout; du sommeil au sol du salon jusqu’à la hiérarchie de ses priorités – à mi-chemin entre le trou noir et la supernova.

Est-ce parce que notre génération s’aime insouciante, profondément individualiste comme ils disent, qu’un tel big bang nous paraît terrifiant?

Doutes existentiels

Ou est-ce parce que la notion de couple est précaire de nos jours? L’avenir de la planète, plus incertain encore? Il semble qu’il n’a jamais été aussi complexe de s’imaginer parent. Et plus le temps file, plus ces questionnements se muent en doutes existentiels – puisque ce choix déterminera tout le reste.

Evidemment, je me bénis de l’avoir, le choix. D’être née à une époque qui ne stigmatise plus les femmes préférant l’indépendance aux piles de langes. Il n’empêche, nous sommes nombreuses et nombreux à attendre un signe. Pas le tic-tac primitif de l’horloge biologique. Plutôt une révélation, une «bonne raison». L’inconnue qui résoudrait l’équation la plus redoutable du genre humain. D’ici là, je ne peux qu’envier les autres – et le luxe de leurs certitudes.


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