Les couples homosexuels devraient-ils pouvoir se marier? Le Conseil fédéral et la grande majorité des partis pensent que oui et la consultation des milieux concernés indique que la société suisse est du même avis. En France, en Allemagne et dans la plupart des autres pays européens, cette réforme est déjà en vigueur. Pour trancher la question, le parlement a entamé le débat ce mercredi – sans le terminer.

Depuis 2007, les couples suisses de même sexe disposent déjà du partenariat enregistré. Toutefois, cette option n’a rien d’égalitaire. S’il officialise une relation devant la loi, l’acte prive les partenaires étrangers du droit à la naturalisation facilitée et interdit l’adoption d’enfants autres que ceux de son ou de sa partenaire. Conscient du déséquilibre, le gouvernement a reconnu le problème et adoubé «l’ouverture de l’institution juridique du mariage à tous les couples». Du moins en partie.

Une réforme vidée de sa substance

Car «afin de ne pas surcharger le projet», «pour ne pas retarder son entrée en vigueur» et pour des questions controversées de modification de la Constitution, le Conseil fédéral estime que deux privilèges relatifs au mariage doivent être exclus du texte: l’accès pour les couples lesbiens au don de sperme et la présomption de maternité de l’épouse de la mère.

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Sans ces deux éléments, la réforme est cependant inutile. Les couples lesbiens suisses n’ont pas attendu la permission du gouvernement pour recourir à la procréation médicalement assistée là où elle est permise, notamment en Espagne et en Belgique. Le processus est toutefois complexe, coûteux et extrêmement chronophage. Quelle que soit la décision du parlement, ils continueront de chercher des alternatives à l’étranger: l’envie d’enfant ne recule devant rien.

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Quant à savoir s’il est dans l’intérêt de l’enfant que l’épouse de sa mère devienne automatiquement sa deuxième maman: est-il préférable qu’il se retrouve seul en cas de décès de sa génitrice? Son bien-être dépend de la stabilité de sa famille et de l’implication de ses parents dans son éducation. Pas de leur orientation sexuelle. Pour simplifier la vie aux mères, protéger les enfants et formuler un mariage pour tous véritablement égalitaire, les époux de même sexe doivent bénéficier des mêmes droits que les autres couples. Tous.