Le président colombien Juan Manuel Santos se voit attribuer un Prix Nobel de la Paix moins d’une semaine après avoir été désavoué par son peuple. Son accord de paix avec la guérilla des Farc, devant mettre un terme à un conflit vieux d’un demi-siècle, a été rejeté pour quelques dizaines de milliers de voix. Alors quoi, faut-il parler d’un Nobel attribué au mépris de la volonté populaire? La question n’est pas vaine à une époque où le référendum – précieux instrument de démocratie directe trop souvent dévoyé – devient l’arme favorite des populistes.

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Ce n’est pourtant pas au mépris du peuple, mais bien en dépit d’un processus inabouti que le Comité norvégien du Nobel de la Paix a fait ce choix. La communauté internationale et une partie des élites colombiennes ont sans doute célébré un peu vite un «accord historique» dont le principal défaut est d’avoir été négocié hors-sol, à Cuba, loin d’une population encore traumatisée par les 250 000 morts et 45 000 disparus provoqué par cette sale guerre entre un pouvoir conservateur et la guérilla marxiste. L’ancien président Alvaro Uribe a su exploiter ce ressentiment pour torpiller l’accord.

La bonne nouvelle est que, dès le lendemain de cet échec, tous les acteurs de la négociation ont immédiatement réagi en affirmant que ce n’était que partie remise. Le cessez-le-feu est maintenu, les consultations se poursuivent, Juan Manuel Santos a finalement rencontré Alvaro Uribe. Ce Prix Nobel se veut une contribution à un processus qui a déraillé mais qui n’est pas enterré. La force symbolique d’une telle récompense pour un pays longtemps pointé du doigt devrait donner une légitimité nouvelle aux tenants de la paix et de la réconciliation. C’est le pari d’Oslo.

Le leader des FARC, Timochenko, qui aurait des raisons d’être amer pour ne pas avoir été associé à cet honneur – il faut bien être deux pour faire la paix – a aussitôt félicité le président Santos. Ce prix récompense tous les Colombiens, à commencer par les victimes, a réagi de son côté le président. Uribe a salué un choix qui pourrait faire évoluer l’accord de paix dans la bonne direction.

Les obstacles sont sans doute encore nombreux. Mais ce Nobel de la paix semble déjà déployer ses effets. Et qui sait, en rêvant un peu, la paix sera bel et bien au rendez-vous lorsque le 10 décembre prochain le président Santos ira chercher sa récompense à Oslo.