Cette fois c’est fait, le canton de Vaud annonce pour le 1er janvier 2018 la fin de ses curatelles imposées. Plus de lettre recommandée signifiant au citoyen désigné volontaire l’obligation de s’occuper d’un(e) inconnu(e) en difficulté. Plus de pupilles attribués d’autorité à des mandataires rechignant à leur mission civique.

On pourrait ironiser sur la lenteur du canton à abolir une contrainte inefficace qu’il restait le seul à pratiquer: cela fait près de vingt ans que la contestation ébranle l’édifice. Ou alors, d’un autre point de vue, s’inquiéter pour l’avenir du fédéralisme en voyant le gouvernement cantonal se féliciter de mettre fin à une «exception vaudoise» au fond pas si honteuse que cela.

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Tenons-nous-en plutôt à l’essentiel: il y a un pari dans la volonté du canton de maintenir dans son nouveau dispositif une forte dose de volontariat solidaire. Ce recours à l’engagement social était la base du système d’origine. Il a donné lieu à d’innombrables actes de soutien, individuels, anonymes. Mais il n’était plus performant. Par érosion de l’esprit communautaire, peut-être. Par la difficulté et la durée croissantes des cas, sûrement. Dans une société marquée par le vieillissement de sa population et la croissance des exigences administratives, la curatelle est devenue souvent une obligation beaucoup trop lourde, même pour les citoyens les mieux disposés à l’égard de leur prochain, gonflant un taux de refus qui, au cœur de la crise, est monté jusqu’à 20%.

Ces dernières années, la question s’est fâcheusement politisée. Il est curieux de constater que ce sont des militants de la gauche qui ont porté, à contre-emploi, les coups les plus durs contre le bel idéal de la curatelle civique, ou ce qu’il en restait. Dans le même temps, la droite était injustement accusée de n’avoir pour son attachement aux curateurs «privés» qu’une seule motivation: celle de dépenser moins.

Une moitié de curateurs professionnels, une moitié de volontaires: la réforme ressemble beaucoup à une nouvelle illustration du compromis à la vaudoise. L’équilibre n’en recèle pas moins, au vu des milliers d’engagements spontanés à réunir, un véritable pari. En se montrant solidaires dans cette tâche, les Vaudois peuvent donner l’exemple à d’autres cantons qui ont renoncé à y croire. Mais il ne faut pas oublier que c’est l’absence d’encadrement, de soutien logistique, de prise en compte de la difficulté croissante de la tâche qui a décrédibilisé l’ancien système. Pour réussir le nouveau, il est indispensable d’en tirer la leçon et de concrétiser rapidement les appuis promis aux futurs volontaires. Aux côtés de l’engagement citoyen, la responsabilité de l’Etat reste entière.