Le sommeil de Rosa Parks dans l’au-delà a été perturbé ce dimanche. Cette jeune femme afro-américaine devenue célèbre en 1955 après avoir refusé de céder sa place à un passager blanc dans le bus à Montgomery, en Alabama, a été évoquée dans un débat qui a animé la Toile parisienne cette fin de week-end. En cause? La tenue du festival Nyansapo organisé par un collectif afroféministe du 28 au 30 juillet dans le bâtiment de la Générale à Paris.

Que des femmes? Que des Noires? La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a bondi sur son clavier pour dénoncer un festival «interdit aux blancs» tout en invoquant l’icône afro-américaine qui combattait le racisme.

Le message a fait le tour des réseaux, repris et moulu à la sauce de chacun. A l’image de Wallerand de Saint-Just, trésorier du Front national et président du Groupe FN Ile-de-France, certains demandent des comptes: «Anne Hidalgo doit s’expliquer!»

La maire socialiste de Paris ne s’est pas expliquée, mais a décidé de prendre les choses en main: condamner fermement, puis demander l’interdiction de «cet événement interdit aux blancs» au préfet de police.

Il n’en fallait pas plus pour ouvrir les vannes aux paroles enfiévrées. Soudain, Twitter s’est transformé en pot-pourri: on invite Henry de Lesquen, le politicien luttant contre la «musique nègre» au débat, SOS Racisme prend position en dénonçant la discrimination induite par ce festival. Alors, dans la foulée, le blanc devient plus blanc, le noir plus noir.

#JeSoutiensMwasi

Les nuances? Oubliées. C’est ce que dénonce le journal en ligne Mediapart sur un de ses blogs sous le titre: «Barrage républicain incarné par la maire PS de Paris Anne Hidalgo, la LICRA et l’extrême droite.» Alors que la Coopérative artistique, politique et sociale de la Générale, là où devrait se tenir le festival, publie une «Mise au point» sur son site, se disant «attristée de voir certaines associations antiracistes se laisser manipuler ainsi», la résistance s’organise sous le hashtag #JeSoutiensMwasi.

Mwasi veut dire «femme» en lingala, l’une des langues parlées dans les deux Congo. C’est aussi le nom du collectif organisateur du festival qui a, selon son site, pour but de «partager, échanger et faire avancer les combats» des femmes noires face aux discriminations qu’elles subissent au quotidien. Sur le site du collectif, une foire aux questions permet de clarifier les questionnements.

«Pour et par les personnes concernées»

On y trouve notamment l’échange suivant: «Je ne suis pas une Femme Noire ou Métisse, puis-je entrer dans le collectif? – Non. Notre collectif est non mixte. Nous ne sommes pas contre les autres groupes raciaux. Nous échangeons sur la négrophobie ET la misogynie pour et par les personnes concernées, notre confort et nos luttes sont plus important.e.s que ta curiosité.» Ou encore: «Exclure les personnes est-ce raciste et communautariste?» Non, répond le collectif, qui demande à ne pas établir de hiérarchie entre les races et revendique «le droit d’avoir un espace pour se sentir en sécurité».

Un festival «militant, radical et flamboyant»

Face à la vindicte dominicale, Mwasi publie donc sur Facebook un appel au soutien ainsi que la certitude de battantes de poigne: «Notre festival sera militant, radical et flamboyant, quand on dit afroféministe de combat, on le pense.»

Et le collectif décide aussi de se réapproprier les paroles de Rosa Parks: «Les Blancs vous accuseront de causer le trouble quand tout ce que vous faisiez était d’agir comme des êtres humains normaux au lieu de ramper.»

Nul ne sait si Rosa Parks a soufflé un vent pacifiant aux oreilles des belligérants durant la nuit. Mais, lundi, le compte Twitter de la maire de Paris a annoncé qu’une «une solution claire» avait été trouvée dans l’après-midi: «Le festival organisé dans un lieu public sera ouvert à tous. Des ateliers non-mixtes se tiendront ailleurs, dans un cadre strictement privé.»

Madame Parks peut à nouveau s’assoupir. Mais seul un œil elle ne pourra fermer.

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