Conférence de conciliation

Le parlement suisse est toujours prêt à couper

OPINION. La session des Chambres fédérales s’est achevée par un coup de matraque porté aux bénéficiaires des prestations complémentaires. Faire des économies sur le dos des plus faibles? C’est facile et ça marche toujours

Vous avez obtenu une majorité confortable aux dernières élections. Certains ont appelé ça le Rechtsrutsch. Mais bon, il n’est pas toujours facile de savoir que faire de tout ce pouvoir. Sur le dossier européen, c’est la cacophonie, parmi vous. Sur les grands sujets de préoccupation de la population – santé, prévoyance –, vous peinez à formuler des propositions susceptibles de convaincre une majorité.

Ça ne sent pas le scoop…

Alors, vous vous rabattez sur ce que vous savez faire de mieux depuis quelques années. Tailler dans les dépenses sociales bien au-delà du raisonnable et du nécessaire. En plus, c’est pratique, la presse et l’opinion ne vous questionnent presque plus là-dessus. La conséquence, peut-être, d’une sorte de lassitude due à l’effet de répétition. Des réformes dans les assurances sociales visant à baisser les dépenses au détriment des bénéficiaires? Ça ne sent pas le scoop. Et pourtant, cette fois-ci, vous avez sorti l’artillerie lourde.

Là où il était prévu de réformer la loi sur les prestations complémentaires, vous avez procédé à un démantèlement en règle de ce pilier fondamental de notre système de protection sociale. Les PC, comme on les nomme plus couramment, interviennent lorsque des personnes qui touchent des rentes AVS ou des rentes AI n’ont pas assez pour couvrir leurs besoins vitaux ou les frais de séjour en EMS. A l’issue d’un débat de huit heures, vous avez, sous l’impulsion de cette UDC qui prétend toujours défendre les Suisses et a fortiori les seniors, décidé des économies de l’ordre de près de 600 millions qui dégraderont, au final, le niveau de vie de centaines de milliers de retraités pourtant bien de chez nous.

Ça ne rate jamais…

Et lorsqu’en cours de discussion, on ose signaler les comptes de la Confédération et leur nouvel excédent coquet pour 2017, vous souriez. Se faire un bilan politique sur le dos des retraités et des invalides les plus fragiles, ça ne rate jamais! Pour entretenir le cliché du bénéficiaire qui est toujours un fraudeur en puissance, vous assumez sans sourciller quelques milliards de francs d’incohérence…

Coluche disait: «J’aime pas les pauvres, ils ne pensent qu’à l’argent.» Vous, vous aimez bien vous intéresser aux plus faibles, surtout pour trouver des sous. Ça doit être votre humour à vous. Il ne me fait plus beaucoup rire.


Chronique précédente:

Une loi sur l’égalité avec des machos sans états d’âme

Publicité