OPINION

A quand des parlementaires responsables?

OPINION. Carlo Sommaruga, président de Solidar Suisse, réagit à la contribution d’Isabelle Chevalley sur l’action et la responsabilité des ONG suisses. Un texte qui repose sur des allégations fausses et diffamatoires, affirme-t-il

Dans l'édition du «Temps» du 18 février 2018, sous le titre «Lançons une initiative pour des ONG responsables», la conseillère nationale Isabelle Chevalley attaque frontalement l’ONG Solidar Suisse, dont je suis le président, et critique sa campagne pour l’élimination du travail précaire des enfants dans les champs de coton au Burkina Faso. Sa contribution repose sur des allégations fausses et diffamatoires. Je me vois donc dans l’obligation de répondre aux contrevérités propagées.

Le texte d’Isabelle Chevalley: Lançons une initiative pour des ONG responsables

Mme Chevalley affirme d’entrée de cause que Solidar Suisse exhorte les négociants en coton à cesser de commercer avec le Burkina Faso. C’est faux. Solidar Suisse n’a jamais demandé aux négociants en coton de cesser leurs échanges commerciaux avec le Burkina Faso. Le contraire est vrai: Solidar Suisse exige plus d’engagement de la part des négociants en coton Louis Dreyfus SA et Reinhart AG au Burkina Faso. Il leur est demandé de faire campagne pour l’abolition du travail précaire des enfants dans ce pays africain. Concrètement, cela signifie que les entreprises suisses, en collaboration avec les acteurs locaux, veillent à ce que le coton soit produit sans travail précaire des enfants.

Méconnaissance du sujet

Il est manifeste que Mme Chevalley n’a pas lu notre rapport lorsqu’elle affirme que les enfants vont aux champs avec leurs parents, puis s’assoient par terre et jouent. Le travail de recherche diffusé par Solidar Suisse montre que les enfants travaillent dès l’âge de 5 ans. Ces enfants témoignent de longues journées de travail dans la chaleur, de la fatigue et de l’absence de scolarisation. Ils racontent comment ils doivent pulvériser des produits chimiques dangereux sans vêtements de protection et sont piqués par des serpents et des scorpions dans les champs. Le travail sous cette forme entrave le développement physique et psychologique de ces enfants et devrait être interdit dans le monde entier.

Isabelle Chevalley accuse Solidar Suisse de néocolonialisme et prétend que nous n’aurions pas compris la situation sur le terrain

Isabelle Chevalley accuse Solidar Suisse de néocolonialisme et prétend que nous n’aurions pas compris la situation sur le terrain. Ces invectives témoignent de l’ignorance de Mme Chevalley quant au travail déployé depuis 1974, soit depuis plus de quarante ans, par Solidar Suisse au Burkina Faso, et de sa méconnaissance du sujet au centre de notre campagne. En effet, d’une part, l’étude sur le travail des enfants a été réalisée par un institut de recherche burkinabé, d’autre part, Solidar Suisse a présenté les résultats de cette étude à tous les acteurs locaux au Burkina Faso. Et tous les acteurs locaux, y compris les sociétés cotonnières et l’association des producteurs, ont convenu que l’ampleur du travail précaire des enfants n’est pas acceptable.

Projet de sensibilisation

Le bureau de Solidar Suisse sur place – composé de personnel local et dirigé par un Burkinabé – a ensuite élaboré un projet de sensibilisation avec l’association des producteurs. Ce travail de sensibilisation informe les parents de l’importance de la scolarisation des enfants et leur montre comment protéger efficacement leurs enfants des divers dangers. Tout cela montre que les fondements de la communication de Solidar Suisse ont été essentiellement façonnés et développés par des acteurs locaux – à l’opposé du néocolonialisme.

La complexité et l’ampleur du phénomène du travail des enfants dans la production cotonnière au Burkina Faso nécessitent l’engagement de tous les acteurs. La chaîne d’approvisionnement passe par les négociants en coton jusqu’en Suisse, c’est pourquoi le bureau suisse de Solidar Suisse mène une campagne d’information en Suisse. Il s’adresse aux négociants en coton Louis Dreyfus et Reinhart AG en Suisse et se concentre sur l’exploitation des enfants au Burkina Faso. Nous pensons que les négociants en coton font bien trop peu pour lutter contre le travail des enfants dans leur chaîne d’approvisionnement et nous demandons qu’ils veillent à ce que les droits humains soient respectés dans leur chaîne d’approvisionnement, conformément aux principes directeurs des Nations unies sur les entreprises et les droits humains.

Motivations floues

L’objectif de notre travail de sensibilisation au Burkina Faso et en Suisse est de faire en sorte que les enfants du Burkina Faso puissent aller à l’école et qu’ils soient protégés et en sécurité lorsque exceptionnellement ils aident leurs parents dans les champs. Ce n’est qu’en achevant leur scolarité, et en étant bonne santé, que ces enfants ont la chance d’échapper au piège de la pauvreté.

Mme Chevalley évoque également dans sa contribution la situation des enfants dans l’industrie cacaotière, y compris en Côte d’Ivoire. Je rappelle que Solidar Suisse ne parle que de la situation des enfants dans la production cotonnière au Burkina Faso. Or, de l’aveu même de Mme Chevalley, elle n’a aucune idée des conditions dans les champs de coton au Burkina Faso (Tages-Anzeiger du 28.01.2019.) On ne comprend pas quelles sont les motivations de la conseillère nationale et nous aurions aimé qu’elle cherche le dialogue avec nous, comme Solidar Suisse le fait avec les sociétés concernées au Burkina Faso et en Suisse.

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