Jadis le débat parlementaire sur des questions comme l'emploi, la sécurité sociale ou l'environnement était presque exclusivement axé sur des préoccupations de politique intérieure. Le débat s'étendait rarement aux évolutions observées hors des frontières nationales. Le vieil adage disant que la politique est avant tout une affaire locale illustrait parfaitement l'activité parlementaire. Cette époque est révolue. La mondialisation a un impact profond sur les relations politiques, économiques, sociales et culturelles dans le monde. Elle oblige les démocraties à réexaminer les rouages de leurs parlements et la manière dont ils légifèrent et contrôlent l'action de l'exécutif.

Les exemples sont légion. Lors de l'examen de projets de lois sur les investissements ou l'emploi au Congrès mexicain, les législateurs se réfèrent souvent à l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) liant l'économie mexicaine à celle du Canada et des Etats-Unis d'Amérique. Il ne se passe pas un seul jour au parlement indonésien ou thaïlandais sans que ne soient évoqués la récente crise asiatique et son contrecoup. L'actualité internationale alimente constamment les débats dans les parlements africains et les parlementaires des pays d'Europe occidentale sont depuis longtemps aux prises avec les incidences de l'intégration européenne.

Les parlementaires du monde entier ont une chose en commun: ils ont été élus pour représenter le peuple. Pour exercer ce mandat constitutionnel ils doivent jouer un rôle plus marqué dans la coopération internationale. C'est ce qu'ils font.

Ils ne sont pas seuls à avoir pris conscience de ce nouvel impératif. Les dirigeants de nombre d'organisations internationales ont compris de leur côté qu'il fallait coopérer avec les parlements. On ne s'étonne plus, par ailleurs, de voir le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, consulter les dirigeants des parlements nationaux et il n'est pas seul dans ce cas. De nombreux dirigeants de haut niveau sont soucieux de dialoguer avec les parlements au cours de leurs déplacements à travers le monde.

On en devine aisément les raisons. Les accords conclus dans les enceintes intergouvernementales requièrent généralement l'aval du parlement par voie de ratification. Le parlement est également appelé à réviser la législation en place et adopter de nouvelles dispositions pour accorder ces traités internationaux et la réalité locale. Les fonds nécessaires pour financer les activités prévues par ces accords doivent, par ailleurs, être votés pour figurer au budget national. En outre, les parlementaires contribuent à façonner l'opinion. Elus du peuple, ils peuvent susciter l'adhésion populaire à la coopération et l'action internationales.

Plus que jamais, parlements et parlementaires sont à même d'aider les citoyens et la société à cerner et maîtriser le lien entre mondialisation et vie quotidienne et à refléter les préoccupations de leurs mandants dans les politiques nationales et internationales. En somme, il est impératif que les parlements et leur organisation mondiale – l'Union interparlementaire – apportent une dimension réellement parlementaire à la coopération internationale.

Depuis dix-huit mois, un groupe représentatif des présidents des parlements du monde entier travaille sous les auspices de l'Union pour jeter les bases de ce projet. Evénement historique, la première conférence des présidents des parlements nationaux que l'Union interparlementaire tiendra cet été en coopération avec l'ONU marquera une avancée considérable. Cette réunion aura lieu dans la salle plénière de l'Assemblée générale des Nations unies du 30 août au 1er septembre, à la veille du sommet du millénaire des chefs d'Etat et de gouvernement. A cette occasion, les présidents seront appelés à engager leurs parlements à s'impliquer davantage dans les relations internationales, à renforcer la diplomatie parlementaire et à jouer un rôle plus actif aux niveaux national, régional et mondial. Le projet de déclaration de la conférence suggère à ce propos quelques pistes de réflexion.

A l'échelle nationale, les parlements doivent étudier les moyens d'optimiser les procédures parlementaires afin que tous les partis et les parlementaires eux-mêmes contribuent utilement aux négociations internationales auxquelles participe leur gouvernement. Un rôle plus dynamique est également attendu des parlements dans la ratification des traités internationaux et leur application. Enfin, les parlements doivent s'efforcer de nouer un dialogue permanent avec le public pour faciliter son apport à la définition des grandes orientations.

Il faut aussi que les parlements se tournent vers les assemblées et organisations interparlementaires régionales officielles et les utilisent pour influer sur les instances et institutions intergouvernementales.

A l'échelle mondiale, il y a lieu par conséquent de renforcer encore l'Union interparlementaire en tant qu'organisation mondiale des parlements. On étudie actuellement ce que cela implique concrètement. Il apparaît de plus en plus que ce que l'on attend de l'Organisation, dans l'immédiat, est d'être un forum où les législateurs du monde entier, spécialisés dans des domaines cruciaux tels que le commerce, le financement, la technologie, l'emploi, les droits de l'homme puissent travailler avec les organisations internationales compétentes.

Parallèlement, l'Organisation peut contribuer dans une large mesure au renforcement des parlements et de la démocratie.

La conférence des présidents des parlements adressera un message fort, à savoir que les parlements incarnent la souveraineté populaire et peuvent, en toute légitimité, concourir à l'expression de la volonté des Etats sur la scène internationale. C'est la première étape importante sur le long chemin qui mène vers un ordre international plus démocratique. L'Union interparlementaire, doyenne des organisations politiques mondiales, a fait œuvre de pionnier en développant la coopération internationale il y a plus d'un siècle. Aujourd'hui, à l'instar de toutes les organisations internationales, elle doit s'adapter à la nouvelle donne mondiale. Plus que toute autre, peut-être, elle a un rôle de premier plan à jouer en instillant plus de démocratie à la coopération internationale.

A. B. J.

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