Editorial

La parole libérée

Pour la première fois depuis plusieurs années, les Valaisans osent poser ouvertement un regard critique sur leurs élites politico-économiques. Pour cela, il aura fallu «l’affaire Giroud» et ses multiples rebondissements.

Pendant la campagne sur l’initiative Weber, rares étaient ceux qui osaient dire leur désaccord avec certaines personnalités farouchement opposées à l’interdiction de construire des résidences secondaires. Aujourd’hui, plusieurs trentenaires qui pourraient incarner la relève valaisanne analysent sans concession, et à visage découvert, la situation de leur canton. Qu’ils soient Valaisans d’origine ou non, ils s’impliquent à leur manière dans la vie de leur région. Pour eux, les notions de frontière ou d’identité cantonale pèsent peu. Le monde est vaste.

L’affaire Giroud a cela de particulier qu’elle démontre ce que de nombreux citoyens disaient au café: il existe un système clanique et clientéliste en Valais. Mais elle a mis au jour un réseau encore plus étendu que ceux qui hantaient l’imagination des Valaisans. Ebranlés, les citoyens qui ne sont pas d’accord avec le système ont enfin osé rompre le silence, sans crainte de représailles, fantasmées ou réelles. Tandis que le monde politique observe la plus grande prudence dans cette affaire, tandis que le conseiller d’Etat, ancien réviseur des comptes de Dominique Giroud, occupe toujours son poste, c’est peut-être le changement le plus remarquable lié à l’affaire.

Certains trentenaires sont amers et fatalistes. Ils évoquent les affaires qui écorchent le Valais depuis des décennies, et estiment que l’affaire Giroud fournit la preuve que rien n’a changé. Ils ne paraissent pas détecter de lumière au bout du tunnel.

Pour d’autres, surtout ceux qui n’ont pas grandi en Valais, le vent a tourné et le petit monde des élites touche à sa fin.

«Cette affaire-là n’est pas encore étouffée», disent-ils. Mais elle creuse toujours plus le fossé entre les politiques et leur nouvelle génération d’électeurs, qui dit clairement qu’elle n’est pas satisfaite et qu’elle attend autre chose.