Au cours des cinq dernières années, plus d'une trentaine de milliers de paramilitaires ont déposé les armes en Colombie. Créées dans les années 1980, les milices d'autodéfense s'étaient assigné pour mission de protéger les populations et leurs biens des exactions des guérillas de gauche. Au fil des ans, elles ont élargi leurs activités à la confiscation de terres, au trafic de drogue, aux assassinats et aux massacres collectifs. Depuis 2005, le processus de démobilisation, qui prévoit le retour des anciens membres de «groupes armés illégaux» à la vie civile et de fortes réductions de peine contre leurs collaborations, a pour cadre la loi Justice et Paix. Son adoption par le Congrès fut très controversée pour sa clémence et le peu de cas qu'elle fait de la réparation aux victimes. Huit ans de prison maximum pour un cacique des «paras» revendiquant des centaines de meurtres, «ce n'est pas beaucoup, mais c'est le coût de la paix», affirme Julian Welez, du journal ElColombiano. De nombreux chefs paramilitaires sont aujourd'hui en prison d'où ils alimentent, d'effroyables confessions en révélations de leurs liens avec la sphère dirigeante, le scandale de la «parapolitique» qui fait trembler le Congrès colombien (lire LT du 25.04.08).

Les autres, les miliciens de base, tentent de se réinsérer dans la société. Ils sont près de 5000 démobilisés à Medellin, ex-paramilitaires pour la plupart, dissidents des guérillas pour une poignée. Le Centre de formation pour la paix et la réconciliation (Cepar), bâtiment de brique rouge du centre-ville, se voudrait l'expression d'une Colombie nouvelle: celle de la réconciliation. Animé par des enseignants dévoués, il voit, depuis trois ans, défiler chaque jour des centaines d'élèves d'un genre particulier. Agés de 20 ans et plus, tous ont dépassé l'âge normal de la scolarité. Et tous ont un passé chargé: ils ont sacrifié des années de jeunesses aux paramilitaires ou aux FARC. Conscients que leur retour à la «vraie» vie se joue devant le tableau noir, les belligérants d'hier étudient aujourd'hui côte à côte sur les bancs de l'école. A défaut de devenir amis, ils apprennent à renouer le dialogue.

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