Guerre et paix

Qui suis-je? Où sont mes racines? La guerre en Ukraine me donne la sensation d’avoir perdu ma patrie. La Russie m’est devenue étrangère et hostile. Pour tenter de comprendre, j’ai appelé ma tante, à Moscou. Ce qu’elle m’a dit m’a choqué: «J’ai peur pour toi. Il y a des «nazis» en Europe et ils détestent les Russes. La Russie les combat pour sauver le monde.» Nous vivons dans deux mondes différents…

Après avoir parlé à ma tante, j’ai trouvé le courage de demander à mes amis russophones à travers le monde, avec qui nous évitions jusque-là soigneusement d’évoquer la guerre, l’impact que le conflit avait sur eux. Raillant, un Kazakh de Los Angeles, a été le premier à réagir: «Je suis vraiment inquiet pour les Ukrainiens! Mais vide-toi la tête, sois positif.» Une réponse à l’américaine.

Si nous sommes tous inquiets pour l’avenir, notre amitié n’a pas de frontières et aucune propagande ne pourra la détruire.

Daniil, un Ukrainien qui s’est réfugié en Pologne, m’a écrit: «Je déteste les Russes qui tuent des gens dans mon pays. Mais toi, même si tu es Russe, tu restes mon ami.» Konstantin, un réfugié de Donetsk, s’est envolé pour le Qatar avec sa famille, sans savoir ce qui l’attend là-bas. Amir, qui vit en Russie: «A l’école, nous avons un professeur qui nous raconte des conneries sur des «nazis occidentaux» et affirme que nous devrions les éliminer. Toute la classe se moque de lui et de la propagande.» Les jeunes ne sont pas si faciles à zombifier.

Nous avons continué à parler de la guerre pendant longtemps. Le monde semblait si petit et nous étions tous si proches. J’ai compris que la chose la plus importante est de maintenir ces liens entre nous. Et même si nous sommes tous inquiets pour l’avenir, notre amitié n’a pas de frontières et aucune propagande ne pourra la détruire.

Gleb Zayarski, 16 ans, Avenches (VD)

Notre dossier: Pour comprendre la guerre en Ukraine


Pilule contraceptive masculine: à quand le partage de la charge mentale?

«Une pilule contraceptive pour homme efficace à 99% sur les souris», tel est le titre d’un article paru voilà un mois. Précisons que cette pilule est non hormonale, faut pas déconner; ce serait une honte de faire ingérer à ces messieurs une pilule qui pourrait avoir des conséquences sur leur santé! Et puis, tout ça pour quoi? Ce n’est pourtant pas comme s’ils avaient une quelconque responsabilité dans le cas où leur partenaire venait à tomber enceinte, elle n’a qu’à gérer ça elle-même.

Ce discours paraît caricatural, car la société préfère taire ce genre de propos trop explicites. Mais elle le fait parvenir silencieusement à toutes les femmes qui entrent dans le monde de la contraception.

Les hommes ressentent-ils cette menace qui plane au-dessus de tant de femmes?

Au dos de la notice de la pilule contraceptive féminine, des conséquences telles que dépression, vomissements, thrombose ou AVC. Et j’en passe. Il faut être prête à mettre sa santé en danger pour avoir le droit de jouir de son corps librement.

Il ne faut pas non plus oublier de prendre ce cachet magique chaque soir; le moindre oubli peut être fatal. Les hommes ressentent-ils cette menace qui plane au-dessus de tant de femmes?

L’Etat non plus n’aide pas les femmes. Une quinzaine de francs par mois pour une plaquette. Aucune aide financière. Là où les hommes se paient un abonnement Spotify ou Netflix, les femmes assurent la contraception. C’est quand même moins sympa.

Alors peut-être. Peut-être aurons-nous un jour une égalité dans ce domaine dans lequel il devrait y avoir un partage depuis si longtemps. C’est du moins ce que nous laisse espérer cette découverte scientifique; en attendant, il reste encore des progrès à faire concernant les mentalités.

Othilie Cerf, 17 ans, Fontenais (JU)


Mésange

Alors, que pense le moi de mai, et que nous réserve-t-il? 7 mai 2022, fais ce qu’il te plaît. S’aimer. Semer. Il y a moi et il y a le monde. Il y a la fourmi, la fourmilière, le grain de sable et le désert. Ni lui ni moi n’avons encore décidé dans quel camp on se situait. Est-ce que je décide de m’aimer et de grandir? Est-ce qu’il décide d’être solidaire et de tendre vers le mieux?

Tourbillon d’émotions, petite tornade qui emporte tout. On finit par ne plus retrouver les choses à l’endroit où on les avait laissées. C’est sans doute tant mieux. Sans mouvement, je m’ennuie. J’ai 19 ans, j’essaie de trouver ma place, et puis parfois d’être moins égoïste et de me mettre à la place des autres. Je ne sais toujours pas ce que je veux être plus tard, mais bon, on va déjà essayer de savoir ce qu’on veut être maintenant.

Je ne sais toujours pas ce que je veux être plus tard, mais bon on va déjà essayer de savoir ce qu’on veut être maintenant.

En attendant, c’est le mois de mai. Il y a plein de phéromones, le décor change, je kiffe ça. Je fantasme à fond sur Mai 1968 et l’époque des squats à Genève. J’aurais voulu vivre ces deux périodes. J’aime à penser que si on y croit vraiment, on l’aura notre révolution sociale et écologique. Il n’y a plus le choix de toute façon. Soit on est résilient, soit on regardera le monde crever la bouche ouverte. J’ai rarement eu aussi peur en l’avenir qu’après le premier tour en France. Pour moi, ça devrait aller, c’est pour ceux qui galèrent déjà que ça risque de devenir intenable, et puis il y a le dernier rapport du GIEC… C’est trop urgent, trop important, c’est maintenant.

Elliot Sanchez, 19 ans, Genève


Une nouvelle responsabilité

On veut souvent grandir trop vite, mais quand on atteint la majorité, on voit qu’il n’y a pas que la liberté, il y a aussi des devoirs politiques. Personnellement, je me réjouissais d’avoir le permis de conduire, de finir mes études, etc. À mes 18 ans, j’ai reçu un tas de papiers de la part de l’Etat en cadeau. Voilà que je n’y comprenais rien. Je me suis rendu compte que cela allait être plus difficile que je ne le pensais. Il était question de la retraite populaire, des affaires de banque et des piliers, ainsi que des votations. J’avais déjà suivi les dernières votations dans ses généralités. Mais soudainement, j’ai eu ce «devoir de citoyen», cette responsabilité de voter qui m’est tombée dessus. Chose à la fois réjouissante, mais effrayante car mes choix peuvent avoir un impact.

Je comprends pourquoi certains jeunes s’abstiennent de voter. Tous les sujets ne nous touchent pas forcément, alors on laisse facilement la place aux autres.

Cependant, il est parfois difficile de se forger une opinion ainsi que de l’assumer, étant donné que certains sujets sont compliqués. Je ne savais pas vers qui me tourner, mes parents, internet ou mes amis… J’ai remarqué à quel point certains étaient engagés ou passifs. Par exemple, la question sur la loi covid générait beaucoup de débats à l’école comme au travail, je sentais la pression sociale autour de moi.

Pour les votations de mai, j’ai dû beaucoup m’informer et relire les arguments. On a la chance de pouvoir souvent voter en Suisse. J’estime donc qu’il est important de participer. Toutefois, je comprends pourquoi certains jeunes s’abstiennent de voter. Tous les sujets ne nous touchent pas forcément, alors on laisse facilement la place aux autres.

Clara Büchi, 18 ans, Saint-Aubin (FR)


Une journée d’étudiante

Il est 5h30, sur ma table de nuit suspendue au-dessus de ma tête de lit, mon réveil sonne. Je lève mon bras afin de l’éteindre. Mes paupières sont comme aimantées et mes yeux comme enflammés. Pour parvenir à faire disparaître cette intense fatigue, je me dirige vers la salle de bains pour recouvrir mon visage d’eau gelée. Je me sèche avec un linge et j’aperçois mon reflet, me questionne, puis je vais me préparer pour un rapide petit-déjeuner.

Je sors et j’attends mon bus en compagnie d’un fin bizet frais. Entre le bus, le train et la marche, le trajet est long et fatigant mais j’en profite pour lire mon vocabulaire d’allemand que je n’avais pas eu le courage d’étudier la veille.

Je prends mon plateau, puis je m’assois avec mes amies pour discuter de nos sujets préférés parfois très enrichissants et parfois très désopilants.

J’arrive au collège, les cours de la matinée s’enchaînent, puis arrive l’heure du repas à la cantine. Je prends mon plateau, puis je m’assois avec mes amies pour discuter de nos sujets préférés parfois très enrichissants et parfois très désopilants. Ayant encore un peu de temps, on décide de s’allonger dans l’herbe pour continuer nos discussions en espérant bronzer. La sonnerie retentit et les cours de l’après-midi se poursuivent. Après quelques heures, la journée au collège est terminée.

Après une heure de trajet, je suis enfin chez moi. Je prends une collation puis à nouveau je travaille et étudie. Je soupe en famille, je me douche et révise une dernière fois dans mon lit, m’endors au plus vite pour parvenir à vivre une nouvelle journée aussi intense et épuisante que celle-ci.

Eva Taramarcaz, 14 ans, Fully (VS)


Faire suisse ou faire en Suisse

Depuis tout petit, je me passionne pour le cinéma. Tant et si bien que, durant mon enfance, j’ai enchaîné les projets vidéos maladroits tournés avec un téléphone et l’aide de mes amis. Plus tard, je cofondais une association de jeunes cinéastes avec laquelle nous nous acharnerons, pendant plus de deux ans, à créer un film de quarante minutes. Et finalement, en 2020, c’est l’aboutissement de nos rêves avec la présentation de notre projet au Festival international du film fantastique de Neuchâtel.

Durant ces années, et encore aujourd’hui, j’ai eu la chance de pouvoir côtoyer des acteurs du cinéma suisse, pleins de talent. C’est pour cette raison que lorsque j’ai pris connaissance des sujets de votation du 15 mai, il y a déjà quelques semaines, je me suis senti le devoir de soutenir la «Lex Netflix».

Le cinéma helvétique est trop souvent négligé au profit de grandes productions étrangères qui monopolisent nos cinémas et nos plateformes de streaming.

Aujourd’hui, je pense que le cinéma helvétique est trop souvent négligé au profit de grandes productions étrangères qui monopolisent nos cinémas et nos plateformes de streaming. Pourtant, il compte de nombreux réalisateurs talentueux comme le Zurichois Tim Fehlbaum, qui, à travers son film de science-fiction Tides, nous a offert, l’année passée, un long métrage digne des plus grandes productions américaines. Il y a aussi le photographe animalier Laurent Geslin qui a réalisé le tout premier film consacré aux lynx ou encore, plus récemment, Pierre Monnard, avec la série Hors saison. Bref, que vous votiez oui ou non le 15 mai, je ne peux que vous encourager à découvrir le cinéma suisse et, qui sait, votre prochaine série préférée pourrait être suisse?

Basile Schläfli, 16 ans, Neuchâtel

Notre dossier: «Lex Netflix»: la bataille de l’audiovisuel suisse

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