Pour sa 18e édition, le Forum des 100 organisé par Le Temps explorera les relations qu’entretient la Suisse avec le reste du monde à travers cinq chapitres. A un an des élections fédérales de 2023, l'un d'entre eux sera consacré aux débats politiques qui s'imposent à l'agenda, de la neutralité au pouvoir d’achat, en passant par les migrations et les relations avec l'Europe. Le Forum des 100 aura lieu le 11 octobre à l’EPFL. Renseignements et inscriptions: forumdes100.ch.
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Il est temps de s’unir

Au printemps, je me suis offert un cadeau. J’ai acheté une nouvelle coque de téléphone avec le drapeau de l’Union européenne. L’UE m’a toujours semblé être la meilleure idée qui est née depuis la Seconde Guerre mondiale. Des pays ayant des valeurs communes doivent s’unir pour se défendre et se développer ensemble, tout en conservant leur indépendance, leurs cultures et leurs particularités. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque tous mes camarades de classe, sans exception, m’ont affirmé: «Nous n’avons pas besoin de l’UE, nous nous en sortons très bien sans elle.»

Il est vrai que la Suisse est un pays riche et stable. Il a été préférable qu’elle reste «seule» et qu’elle suive «sa propre voie» jusqu’à aujourd’hui. Peut-être, mais plus maintenant. La guerre en Ukraine a montré qu’il n’y a plus rien de stable dans notre monde. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle guerre froide, d’une nouvelle confrontation. Et en ces temps troublés, il est difficile de rester un petit îlot de bien-être au cœur de l’Europe. Ainsi pour défendre nos valeurs démocratiques et humanistes, contre les dictatures de l’Est, l’Europe doit devenir un acteur géopolitique puissant avec une économie et une armée fortes.

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L’Europe peut atteindre ce but si nous mettons de côté nos différences et si nous nous soutenons mutuellement. De nombreux Suisses craignent que leur pays ne perde sa neutralité. La Suisse n’a jamais été totalement neutre dans son histoire, elle a souvent dû plier devant la pression de nations plus fortes. Dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine, elle a imposé des sanctions à la Russie, alors qu’elle aurait dû rester «au-dessus de la mêlée». Cela montre que la société suisse ne peut tout simplement pas être indifférente et neutre face à une guerre injuste.

En adhérant à l’UE, nous serions en mesure d’influencer la politique européenne et de voter sur l’avenir de l’Europe. N’est-ce pas important?

La neutralité de la Suisse sera maintenue même si nous rejoignons l’Union européenne. L’Autriche est également un pays neutre, avec une politique semblable à celle de la Suisse et elle se porte plutôt bien dans l’Union européenne. En adhérant à l’UE, nous serions en mesure d’influencer la politique européenne et de voter sur l’avenir de l’Europe. N’est-ce pas important? Et en tant que futur étudiant à l’université, j’aimerais bien sûr aussi que la Suisse fasse à nouveau partie du projet Erasmus. C’est mon rêve de faire partie du monde étudiant européen.

Ensemble, nous serons plus forts, et peut-être le monde deviendra-t-il un peu plus juste. Je n’ai donc pas, pour l’instant, l’intention de retirer la coque avec les étoiles de l’UE de mon téléphone.

Gleb Zayarski, 16 ans, Avenches (VD)


Europe: est-il l’heure?

Les relations entre la Suisse et l’Union européenne, c’est une longue histoire qui dure depuis maintenant des dizaines d’années. De l’accord de libre-échange de 1972 jusqu’à l’abandon de l’accord-cadre, la Suisse, tel un village d’irréductibles Helvètes au milieu d’une vaste Europe, n’aura de cesse de faire parler d’elle.

Même si les premiers accords datent des années 1970, la vraie date marquante c’est le non, ou plutôt, le «nein», de 1992. Malgré les espoirs de beaucoup de Suisses, surtout les Romands, l’adhésion à l’Espace économique européen est refusée. Dépourvu d’un accès égalitaire au marché européen, le Conseil fédéral entame des négociations. En découleront, en 1999 et en 2004, des accords bilatéraux sectoriels. En tout, jusqu’à aujourd’hui, le peuple aura voté pas moins de 18 fois sur des thématiques européennes.

Il existe de nombreuses autres thématiques qui engagent bien davantage les jeunes, comme le climat, qui dépasse les frontières européennes et qui semble bien plus important à leurs yeux

Je pense que, contrairement à la génération de mes parents, qui étaient très touchés par le sujet dans les années 1990 – car une adhésion offrait notamment de nombreuses possibilités au niveau des études et du travail – aujourd’hui, le sujet laisse beaucoup de jeunes dans l’indifférence. En en discutant autour de moi avec d’autres jeunes, pourtant engagés politiquement, le sujet ne semble pas tant intéresser. Il existe désormais de nombreuses autres thématiques qui engagent bien davantage ces derniers, comme le climat, qui dépasse les frontières européennes et qui semble bien plus important à leurs yeux.

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D’un côté, je suis fier que la Suisse reste autonome et ne se fasse pas engloutir par l’Union européenne. D’un autre côté, sa position la rend vulnérable, comme actuellement avec l’accès à l’énergie, qui pose un réel problème.

Aujourd’hui, la situation semble être dans une impasse. Il faut comprendre que si pour la Confédération helvétique l’accès au marché européen est important, la Suisse est un pays qui a tendance à vouloir avoir le beurre et l’argent du beurre. Bénéficier de relations privilégiées comme celles dont la Suisse jouit pose un problème, car elles s’en prennent à l’égalité de traitement entre les pays. Si tout le monde agissait ainsi, le marché intérieur perdrait son sens. Bref, dans tous les cas le statu quo emprunté actuellement n’est pas une solution durable, il faudra tôt ou tard trouver une solution viable.

Basile Schläfli, 17 ans, Neuchâtel

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