Un procureur général de la Confédération qui pourrait désormais exercer son mandat jusqu’à 68 ans au lieu de 65 ans? La belle affaire. Ce sujet, qui fait la navette entre les Chambres, prêterait à sourire si l’heure n’était pas grave. Depuis plusieurs mois, la Suisse mais aussi les autorités judiciaires étrangères attendent de connaître le nom de celui ou celle qui remplacera Michael Lauber à la tête du parquet fédéral et permettra à l’institution de retrouver une stabilité. Au lieu de procéder à l’élection, la Commission judiciaire chargée d’examiner les candidatures, tétanisée par la perspective d’une erreur de casting, a déjà dynamité deux processus de recrutement pour des motifs incompréhensibles et renvoyé le troisième aux calendes grecques.

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La politique du vide

Désormais, c’est le flou le plus total qui règne alors que le Ministère public de la Confédération (MPC), chargé notamment des affaires de terrorisme, de crime organisé ou de blanchiment à caractère international, a besoin de quelqu’un qui puisse l’incarner et porter son action. Au lieu de se concentrer sur cet objectif et d’élire une personne expérimentée à même de diriger la maison (non pas un demi-dieu, ni un modèle d’excellence ou de pureté), le parlement s’est littéralement perdu dans une multitude de chantiers plus ou moins inspirés par la crise née de l’affaire Lauber. Sont désormais sur la table: la réorganisation du parquet fédéral, ses relations avec l’autorité de surveillance, ses compétences en matière d’enquêtes complexes, l’âge limite pour le mandat et un éventuel retour au système de nomination par le Conseil fédéral. De quoi donner le tournis et de dissuader tout candidat de valeur de se lancer dans un contexte aussi incertain.

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L’attente de décisions est d’ailleurs le motif qu’a invoqué la commission, le 10 mars dernier, pour suspendre l’appel à candidatures. Celle-ci veut savoir comment se dessinera la future structure du MPC (cela risque de prendre un moment) et si des prétendants plus âgés (tel l’ancien commandant de la police zurichoise qui n’avait pourtant pas le bagage recherché) pourront (re)tenter leur chance. Tout cela sent furieusement l’amateurisme et la petite cuisine partisane pour un poste qui appelle justement quelqu’un qui saura s’y soustraire. Mais on le sait depuis longtemps, le politique n’aime pas beaucoup voir débarquer une forte personnalité à la tête du parquet et préfère un profil de gestionnaire moins susceptible de ruer dans les brancards. De quoi affaiblir encore l’autorité nécessaire à la fonction.