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L’usine Lonza de Viège en 1920.
© Ettore Pollenghi, Médiatheque Valais

Editorial

Partenariat toxique en Valais

EDITORIAL. L’ampleur de la pollution industrielle de la plaine du Rhône au mercure apparaît enfin. Ainsi que l’inaction du canton durant des décennies. Le silence des autorités valaisannes, aujourd’hui encore, n’en devient que plus pesant

Débutés en novembre dernier, les premiers travaux d’assainissement de la plus vaste pollution au mercure de Suisse ont rapidement été interrompus par l’arrivée des premières neiges. Les habitants de Rarogne peuvent attendre encore quelques mois. Depuis 1930, le mercure de l’usine Lonza a été dispersé un peu partout dans la région. Personne n’a vraiment semblé s’en inquiéter avant 2011.

L’entreprise est intimement liée au développement du Haut-Valais. Quand les journalistes l’interrogent sur le passé, le ministre Jacques Melly grimace. Ses prédécesseurs lui ont légué un héritage empoisonné. Il refuse de commenter leur gestion du dossier.

Lire aussi: En Valais, l’histoire secrète des damnés du mercure

L’Etat savait tout, au moins depuis les années 1970, et sans doute dès le premier jour. Il savait que Lonza rejetait du mercure dans le canal qui longe ses infrastructures, et il savait que les riverains se servaient des boues polluées pour fertiliser leurs champs ou pour bâtir leurs maisons.

Malgré tout, pendant des décennies, il n’a pour ainsi dire rien fait. La plupart des responsables de ce désastre sanitaire et environnemental refusent d’aborder le sujet. Les autres prétendent qu’ils ne savaient rien, ou tentent d’expliquer que le passé ne peut pas être regardé avec l’œil d’aujourd’hui.

Bien sûr, les consciences environnementales ont évolué. Mais cette ligne de défense ne suffit pas. Après l’effroyable pollution de Minamata au Japon, le Valais des années 1980 ne pouvait pas ignorer que le mercure est une question de santé publique.

Surprise feinte

Pour les ministres successifs, il était sans doute délicat d’avoir à sermonner un contribuable qui assure des milliers d’emplois. Alors ils ne l’ont pas fait, jusqu’en 2011. Cette année-là, sur le chantier de l’interminable autoroute du Haut-Valais, l’Etat découvre du mercure dans la plaine. Il feint la surprise face à ce désastre dont il savait presque tout.

Sa communication suscite l’intérêt des médias. Sous pression, l’entreprise est obligée de négocier. Inséparables complices durant plus d’un siècle, l’Etat et Lonza promettent soudainement de se battre devant les juges. Au final, ils préféreront se rabibocher à l’amiable.

Pour l’Etat, mieux vaut un bon arrangement qu’un mauvais procès. Avec les communes, le canton contribuera aux assainissements pour 3,5 millions de francs. C’est une façon d’avouer une part des responsabilités, sans devoir détailler des décennies d’inaction.

Cerise sur la convention: le canton a plus ou moins fait appliquer le principe pollueur-payeur. Lonza débourse 47,5 millions pour mettre fin à une polémique qui fait mal à son image. Par ailleurs, l’entreprise investit aussi 290 millions de francs à Viège, pour créer 200 emplois supplémentaires. Les vrais amis ne restent jamais longtemps fâchés.

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