Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
On s’active de toutes parts contre le TTIP.
© THIERRY CHARLIER

La Chronique

Partenariat transatlantique: une folie!

Le 12e cycle de négociations sur le partenariat transatlantique entre l’UE et les USA s’est ouvert à Bruxelles ce 22 février. La Suisse en subira les conséquences mais le projet est mal connu parce que tenu secret. Marie-Hélène Miauton fait un point critique de la situation

Le traité de libre-échange transatlantique (TTIP/TAFTA) suscite des interrogations, voire des inquiétudes, quand ce n’est pas un franc rejet au sein de nombreux milieux de l’Union européenne. Par ricochet, la Suisse sera forcément touchée par cet accord dont l’ampleur frise le jamais vu puisqu’il concernera presque la moitié du commerce mondial. Il est donc utile de s’y intéresser et de comprendre la nature des changements qu’il amènera. Comme chacun le sait, il s’agit de créer un marché unique entre les USA et l’UE, en supprimant non seulement les droits de douane qui existent encore sur certains produits, agricoles entre autres, mais aussi d’harmoniser les normes qui prévalent à leur fabrication ou production, ainsi que pour les services.

Sous le sceau de la confidentialité

Pour l’instant, les transactions se déroulent sous le sceau de la plus stricte confidentialité, les Américains ayant opposé un veto catégorique à la divulgation des discussions intermédiaires. Ces cachotteries ne font qu’aviver les peurs. Peur d’un redoutable concurrent auquel on ouvre grand les portes. Peur d’un nivellement par le bas des normes de qualité et de sécurité, sur la base de standards américains plutôt laxistes en regard des nôtres. Peur de la mauvaise foi, réelle ou supposée, d’un interlocuteur réputé pour ne pas s’encombrer d’états d’âme en matière commerciale. Peur d’un enterrement de première classe pour l’agriculture, secteur européen le plus malmené par la mondialisation, avec la disparition des AOC par exemple, qui furent si soigneusement élaborées. Peur enfin d’un affadissement culturel puisque l’identité, chacun le sait, commence par ce que nous mangeons et s’étend à notre façon d’enseigner ou de soigner, ce qui détermine au plus près la vie des populations.

L’emprise de la loi dans le domaine des services

Dans le domaine des biens, rien n’échappe à l’accord, mais c’est dans le domaine des services que son emprise est la plus grande. Mis à part les charges régaliennes, tout en fait partie, y compris les professions libérales. Pourtant, il tombe sous le sens que certains domaines sont stratégiques et qu’ils devraient en être exclus. Pensons à l’eau (dont on sait l’importance actuelle et future), à l’enseignement et la culture, ou à la santé. Par quelle perversion de la pensée, les gouvernements peuvent-ils ainsi se dépouiller eux-mêmes de leurs prérogatives essentielles? Les peuples européens qui, depuis l’avènement de l’UE, se plaignent déjà que les décisions ne sont plus prises au niveau de proximité où elles s’appliquent, devront encore se soumettre à des règles atlantistes. Quant à l’instauration d’une Cour des investissements, soit un tribunal d’arbitrage privé pour traiter des différents économiques, elle ouvrirait la voie à une internationalisation de la justice (à l’américaine?) et à la multiplication du système des amendes.

Manque de représentativité de la commission européenne

Il faut encore ajouter le manque de représentativité démocratique de la Commission européenne, chargée depuis 2013 de négocier avec les USA. Une fois le projet sous toit, c’est le Conseil européen qui l’approuvera, c’est-à-dire le sommet des chefs d’Etat des 28 pays de l’Union. Les peuples n’auront pas forcément leur mot à dire alors qu’on sait très bien qu’ils ne veulent pas de cet accord. De nombreux milieux tentent actuellement de s’y opposer par les rares moyens à leur disposition, mais la Commission est sourde…

A quoi répond cette hâte d’élargir, encore et toujours, le champ du libre-échange? L’Union vient de procéder à son propre marché unique, non sans mal et avec de nombreux grincements de dents. Et, avant même qu’il soit digéré, la voilà qui, au pas de charge, souhaite l’élargir aux USA, tant l’ouverture est à la mode, quels que soient ses conséquences et ses avantages mesurables. Une véritable fuite en avant, peut-être pour cacher les vrais problèmes.

La Suisse doit rester libérale, mais pas idiote

Quant à la Suisse, elle a beau être un pays libéral, et qui doit le rester, cela ne l’oblige pas à être idiote. Comme on connaît ses saints, on les honore dit le bon sens populaire. Or, on connaît l’administration américaine, qu’elle soit âne ou éléphant, peu importe. Elle est efficace parce que sans scrupule et elle cache sous un vernis moralisateur sa lutte permanente pour maintenir ses intérêts géostratégiques et économiques. Les banquiers suisses en savent quelque chose… dont les clients ont pu se réfugier sous les cieux plus cléments des paradis fiscaux américains, ce que j’avais dénoncé dans un livre paru il y a quatre ans déjà.


mh.miauton@bluewin.ch

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)