Le Parti socialiste suisse, comme d’autres gauches européennes, cherche des réponses à la montée du repli identitaire. Cela passe aux yeux du PS par une nouvelle politique économique, approuvée à Thoune ce week-end. La rhétorique est musclée. Les camarades ambitionnent de dépasser le capitalisme «qui a dégénéré en politique de la terre brûlée». Les mesures contenues dans le programme restent toutefois relativement sages.

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Car le PS, profondément secoué par le vote du 9 février 2014, le Brexit puis l’élection aux Etats-Unis de Donald Trump, est condamné au grand écart. L’exercice d’introspection qu’il mène aujourd’hui rappelle celui qui avait suivi l’élection de Christoph Blocher au Conseil fédéral en 2003. Le PS aimerait incarner une alternative au système, redevenir le champion de la classe moyenne, mais il ne peut se résoudre à mener une vraie politique d’opposition. Car il exerce le pouvoir au niveau fédéral, dans les cantons et les villes.

Et les piqûres de rappel sont douloureuses. La réalité s’accommode mal de positions trop idéalistes ou frondeuses. Les majorités de gauche appliquent des politiques de droite lorsqu’elles le jugent nécessaire: par exemple les mesures d’austérité dans le canton de Neuchâtel ou le soutien à la RIE III dans celui de Bâle-Ville.

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Comment dès lors se présenter comme une alternative au système? Cela passe sans doute par un discours plus clair et plus en prise avec les transformations du monde. On peut citer en exemple la numérisation de l’économie qui bouleversera en profondeur les rapports employeur-employé, thème pourtant absent de la nouvelle politique économique du PS. Chaque angoisse jugée trop rapidement illégitime par la classe politique devient aujourd’hui une passerelle vers les partis nationalistes.

Et l’alternative est aussi affaire de personnel politique. François Hollande en France l’a bien compris. Pour aussi contradictoire que cela puisse paraître – la continuité et la stabilité de la démocratie sont précieuses – un besoin de changement se fait sentir ici aussi. Les partis au pouvoir ont également la responsabilité de produire des candidats capables d’incarner la rupture.

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