L’Association suisse de politique étrangère vient de publier La politique extérieure suisse au défi du XXIe siècle, un essai sur la situation de la Suisse dans le monde. Confié à une douzaine de spécialistes, l’ouvrage montre la centralité de la question européenne pour la Confédération et les risques majeurs qu’elle encourt à ne pas savoir trancher entre tradition intérieure et nécessités extérieures. Deux des auteurs du livre, Pascal Sciarini et Matthias Oesch, résument pour Le Temps leurs vues de chercheurs en sciences politiques et en droit sur cette question. Notre chroniqueur François Nordmann, membre du comité consultatif du livre, y joint sa propre réflexion.

La voie bilatérale de la Suisse avec l’Union européenne passe pour une réussite. Peuple et cantons appuient la double stratégie du rattachement au droit de l’Union pour ce qui est des accords sectoriels et de l’adaptation autonome du droit suisse au droit européen quand c’est souhaitable. Les résultats sont là. Les conditions de la poursuite de cette voie bilatérale se sont cependant détériorées. Premièrement du fait de la Suisse puisqu’en 2006, le Conseil fédéral a relégué l’ancien «but» de l’adhésion à l’Union au rang d’«option» parmi d’autres. Par ce geste, la Suisse s’autodégradait à la position de pays tiers ordinaire. Et la voie bilatérale, conçue à l’origine comme solution provisoire en attendant l’adhésion, se muait en un «provisoire qui dure», décourageant l’Union de se prêter davantage à des arrangements sur mesure pour la Suisse.