Voilà, voilà… Les aficionados s’ennuient, et la fête s’éteint, disait déjà El País en 2011. De hauts cris se font à nouveau entendre contre la corrida. Il faut dire, nous apprend Courrier international – qui a compilé quelques articles sur les toreros et autres matadors vilipendés – que les «anti» ont encore marqué quelques points en Espagne: aux Baléares, la municipalité de Palma de Majorque, dirigée par une coalition de gauche élue en mai dernier, a proclamé le 30 juillet l’interdiction totale de la corrida «et de la maltraitance animale», un des combats importants du parti Podemos.

Cette décision s’inscrit dans une tendance plus large, puisque «les antitaurins avancent peu à peu dans toute l’Espagne», explique le site d’information catalan El Plural. Pour exemple, à La Corogne, les traditionnelles corridas des 1er et 2 août ont elles aussi été annulées, «tandis que le nouveau maire de Valence a annoncé la fin des subventions pour la tauromachie». «Cette aide est remise en question, y compris à Madrid, La Mecque de la corrida, où la nouvelle maire, Manuela Carmena, soutenue par Podemos, souhaite stopper les subventions», lit-on sur le site de Radio France internationale (RFI).

Même la petite ville de Níjar, en Andalousie, prohibe désormais la chose honnie de tant d’Espagnols et encore davantage de défenseurs des (droits des) animaux. L’exemple suprême, c’est Barcelone, qui avait pris les devants en 2004, suivie par toute la Catalogne en 2010. Dans un mouvement socioculturel évidemment aussi «anti-hispanique», contre le pouvoir central de Madrid et cette pratique séculaire qui en est un des symboles forts, comme l’analyse finement La Gaceta de los negocios.

«La tauromachie est menacée depuis des années déjà», confirme RFI: «De manière générale, si l’on passe en revue l’ensemble les initiatives anti-taurines, c’est à donner le tournis.» Et «ces initiatives sont d’autant plus susceptibles» d’essaimer et d’avoir des conséquences à long terme, puisqu’au bout du compte, le public a toujours raison: «Les corridas sont de moins en moins prisées», leur nombre a baissé et les retransmissions à la télévision aussi. «C’est un secteur désormais en crise, alors que depuis la dictature militaire de Franco, il avait toujours bénéficié de l’aide de l’Etat.»

Pas que des heureux

Comme toujours, «cette vague ne fait pas que des heureux en Espagne». Car «la marée populiste croissante profite de la bipolarité ambiguë des socialistes pour harceler la tauromachie», fulmine le quotidien de droite El Mundo. Tout en précisant qu’il s’agit à Majorque «d’une déclaration de principe qui ne sera pas forcément appliquée, puisque les arènes de Palma n’appartiennent pas à la municipalité et relèvent de la compétence du gouvernement des Baléares». Le journal fustige aussi «les menaces de retrait des subventions qui transforment les élus de Podemos en puissants despotes d’ultragauche».

Seul espoir pour ce journal, «le retour des corridas à Saint-Sébastien, après trois années d’interdiction», ville qui paraît «pourtant bien isolée» dans ce combat, dirigé avant tout contre le Parti socialiste, antitaurin depuis longtemps et plutôt satisfait que sur ce terrain, ses idées passent encore, alors qu’il est en très grande perte de vitesse dans les urnes, à en croire le site LibertadDigital.

Contre l’«espagnolisme»

Mais surtout, la lutte vise le fief catalan des «anti». Une région qu’ABC voit partie, depuis quatre ans maintenant, dans ce combat qui «signifie bien plus que la fin d’une tradition folklorique. Associer la corrida avec la culture et l’histoire de l’Espagne n’est pas un «espagnolisme», mais une évidence». L’enjeu est donc bel et bien politique, et le journal fustige ce qu’il considère comme un «nettoyage culturel de la Catalogne par les nationalistes locaux.» Ce, même si El Periódico de Catalunya jugeait ces arguments «malhonnêtes» et accusait «les conservateurs d’essayer de détourner» la problématique de la corrida.

Pour ne rien arranger, Sud-Ouest racontait dimanche dernier que lors des célèbres Fêtes de Bayonne 2015, «un taureau a sauté dans le callejón [le couloir clos autour de la piste] et blessé deux personnes. Un photographe a été encorné sur 25 centimètres. Un second a été blessé aux jambes.» Récit épique: «Roger Martin et Dominique Perron n’ont pas eu le temps de se mettre à l’abri, que ce soit en sautant par-dessus la talanquère (barrière de bois qui entoure la piste) dans le ruedo déserté par le cornu ou en trouvant refuge derrière un burladero, protection prévue en cas de danger. Le premier, […] a subi une importante cornada. […] La corne est entrée par un testicule.»

Le second est président des Clubs taurins Paul-Ricard. Il a été fauché et assez grièvement blessé. Sur la page d’accueil du site de cette association, on peut toujours lire qu’il avait écrit: «Dans le Sud-Ouest, le Sud-Est et dans toute la France, les clubs taurins Paul-Ricard vont suivre le rythme de la tauromachie, en y associant cet esprit de convivialité qui nous rassemble. Mes cher(e)s ami(e)s, je vous souhaite de bons et beaux moments d’aficion dans toutes les arènes du monde!»

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