Votation

Les partisans de «No Billag», furibards, dénoncent une censure politique sur Wemakeit

La plateforme de financement participatif a interrompu la levée de fonds de ceux qui veulent la suppression de la redevance, deux jours après l’avoir lancée. Bruit et fureur

Leurs caisses sont vides, ils comptaient transformer leur campagne «en engin supersonique», comme le promet la plateforme de financement participatif sur son site, et voulaient récolter 100 000 francs lors de «la plus grande opération de crowdfunding de l’histoire suisse»: las. Les soutiens de «No Billag» ont été fort dépités d’apprendre officiellement lundi que Wemakeit jetait l’éponge. Ses responsables expliquent qu’ils n’ont pas pu évaluer le texte de la campagne en raison de délais trop justes, et que l’«orientation extrême» de l’initiative leur paraît dangereuse pour les «institutions politiques» suisses. De quoi provoquer l’ire des promoteurs de la votation du 4 mars prochain, qui n’ont pas de mots assez forts pour dénoncer un acte de censure politique.

Lire également: Comment parler de «No Billag»: le casse-tête de la SSR

«Un sabotage», selon l’initiant Olivier Kessler; «une décision scandaleuse» et «une explication pas crédible», a immédiatement dégainé sur Twitter le jeune libéral-radical Alain Schwald, qui dénonce un «manque de professionnalisme».

«Quand une plateforme de financement participatif ne croit pas à son propre principe de financement volontaire de la culture… #LeComble», ironise Michele Barone, le vice-président des Jeunes libéraux-radicaux. «La plateforme @wemakeit fait de la politique en supprimant notre financement participatif», reprend le compte romand @NoBillagFR, avec ce hashtag évocateur: #DavidVSGoliath. «Cela m’amènera à ne plus soutenir les campagnes de Wemakeit», conclut le journaliste de la Neue Zürcher Zeitung à la retraite Urs Rauber, repris par des dizaines d’internautes. «Un scandale sans égal. Démocratie, quo vadis [où vas-tu?]», commente, un brin théâtral, un certain Derek Richter, qui se présente comme un patriote libertaire.

Mais à libertaire, libertaire et demi. C’est en rappelant son statut d’entreprise privée qui peut justement prendre des décisions politiques en toute liberté que Wemakeit a expliqué son choix. «Pas de scandale, c’est le libre marché», commente aussi le Vert zurichois Marcel Bührig. «Pourquoi ce serait scandaleux, c’est une entreprise privée, reconnaît aussi le compte Reversdelamédaille (@Die_Kehrseite). Elle peut prendre ou refuser un marché.»

«Nous vivons dans une économie de marché libre, et des entreprises libres peuvent prendre et laisser ce qu’elles veulent – un libertaire emporté comme vous n’y changera rien», twitte à son tour le président du PBD à Bâle, Marc Oliver Bürgi, qui se félicite que l’esprit suisse» prévale. «Manifestement la liberté s’arrête pour les «libertaires» là où une personne fait librement quelque chose qui n’est pas ce qu’ils attendaient», philosophe le président de la SSR soi-même, Jean-Michel Cina.

Quelques centaines de commentaires sur Twitter, autant sur Facebook (principalement en allemand, il faut le reconnaître) et des quantités d’e-mails apparemment acariâtres: au total, «c’est une «tempête» (de m…)» que la société a dû affronter, écrivait-elle mardi après-midi dans un deuxième message sur Facebook, en se justifiant une nouvelle fois. Et en assumant son «signal politique», rare: «Sur 4000 campagnes, seules cinq ont été arrêtées.»

L’opération va d’ailleurs coûter de l’argent à Wemakeit, qui empoche 10% des sommes récoltées. La collecte avait déjà atteint 11 500 francs en trois jours, provenant de 170 donateurs (qui vont être intégralement remboursés).

Des internautes sont ravis de cette issue. «Bravo, vous avez du courage!», «Bonne décision, vous avez raison» peut-on aussi lire sur la page Facebook de Wemakeit.  

La plateforme pouvait-elle ainsi stopper la campagne? Ses conditions d’utilisation stipulent uniquement de «ne pas publier du matériel ou des informations diffamatoires, malsonnantes ou illégales d’une autre manière. Cela concerne en particulier les contenus pornographiques, racistes, séditieux ou autres similaires» – ce qui n’est bien sûr pas le cas du texte de «No Billag», par ailleurs déjà approuvé par ses 112 000 initiants.

On a donc bien affaire à un choix politique. De quoi se rappeler que si les sites de pétitions en ligne comme Change.org ou de crowdfunding comme Wemakeit ou Kisskissbankbank sont devenus des outils importants du débat démocratique, il ne faudrait pas oublier qu’il s’agit avant tout d’entreprises privées. Qui n’ont pas vocation à offrir un… service public.

Lire aussi, sur nos blogs: La décision paradoxale de wemakeit sur la campagne #nobillag

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