Opinion

Les partisans de la vieille économie et de la décroissance mènent notre société dans une impasse

Pour le conseiller national Daniel Brélaz (Verts/VD), une société mondiale basée sur le solaire photovoltaïque ou l’éolien est parfaitement possible. Elle est même probable et éviterait le piège de la décroissance

La violente campagne que mènent les milieux de la vieille économie, avec pour affiche une camisole de force verte, contre l’initiative pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources votée le 25 septembre, interroge.

Elle précède vraisemblablement une autre violente campagne contre l’initiative pour une sortie échelonnée du nucléaire, soumise au peuple le 27 novembre.

Après avoir tout fait pour saboter le contre-projet à la première initiative aux chambres fédérales, ceci avec succès et déployé des efforts constants pour affaiblir la stratégie énergétique du Conseil fédéral (2050), les partisans du monopole de la vielle économie (banques, assurances, industries polluantes) s’engagent frontalement contre les intérêts de la nouvelle économie basée sur les «cleantechs» (recyclage, énergies renouvelables, efficience énergétique, économie des ressources).

Vers une impasse

Ce faisant, ils alimentent paradoxalement l’argumentaire des partisans de la décroissance.

En effet, ceux-ci signalent à juste titre que les ressources terrestres ne sont pas inépuisables, que les changements climatiques peuvent détruire une bonne partie de l’économie de la planète et que, face à cela, seule la décroissance fournit une solution à terme.

Alliés aux partisans de la vieille économie qui visent l’épuisement des ressources pour préserver de vieux investissements obsolètes (nucléaire, charbon, mines traditionnelles), ces deux fronts pourraient conduire notre société à l’impasse.

Une société basée sur le solaire ou l’éolien est parfaitement possible

Certains acteurs de l’économie classique commencent d’ailleurs à s’en rendre compte. L’UBS vient de sortir une étude montrant que si toutes les voitures devenaient électriques, l’augmentation de la consommation d’électricité ne serait que de 15%. Si l’on y rajoute les camions, l’augmentation ne serait que de 25%. En énergie globale, vu le rendement des véhicules électriques, une augmentation d’environ 5% due à l’électricité serait compensée par une diminution d’environ 30% de l’énergie des carburants (pétrole responsable de l’effet de serre), soit près de la moitié des énergies fossiles.

Mais comment, me direz-vous, produire toute cette énergie?

L’agence Bloomberg prévoit qu’en 2040, 70% de l’électricité européenne (aujourd’hui 25%) serait produite par du solaire ou de l’éolien, dont la baisse des prix mettra hors course le charbon subventionné et le nucléaire fortement déficitaire au plus tard en 2030.

Une société mondiale basée sur le solaire photovoltaïque ou/et l’éolien est parfaitement possible. Elle est même probable.

Il faudra s’attaquer aux immeubles

Avec une surface égale à cinq fois celle de la Suisse en panneaux photovoltaïques, il serait possible de produire toute l’électricité mondiale, y compris celle nécessaire pour que toutes les voitures et tous les camions soient électriques. Pour ceux qui préfèrent les éoliennes, il suffirait de 2 millions de grandes éoliennes pour arriver au même résultat.

De tels choix impliquent la disparition de plus de 50% des gaz à effet de serre et concrétisent la COP21.

Pour le solde, il faudra s’attaquer aux immeubles, ce qui est déjà en route pour les nouveaux immeubles et devrait se faire lors des rénovations lourdes pour les autres immeubles mais cela s’étalera vraisemblablement jusqu’à la fin du siècle.

Pour éviter une décroissance brutale

Bonne nouvelle, les emplois créés dans les «cleantech» seront locaux et les fonds utilisés ne serviront plus à des achats de pétrole, de charbon, de gaz ou d’uranium à l’étranger.

L’énergie représente 80% des gaz à effet de serre et l’essentiel du pillage des ressources de la planète.

Pour les matières non énergétiques, dont on doit éviter l’épuisement sous peine de crise économique grave, le recyclage des matériaux et la recherche de matériaux de substitution sont les solutions à encourager pour éviter une décroissance brutale que les tenants de la vielle économie, alliés de circonstance des partisans de la décroissance, favorisent par leur obscurantisme.

D’ici 2050, 65% d’économies de ressources principalement atteintes par la très forte diminution de la dépendance aux énergies fossiles est un objectif raisonnable qui garantit le mieux la croissance économique de notre pays.


Daniel Brélaz, conseiller national (Verts/VD), ancien syndic de Lausanne.

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