Sur les réseaux

#Pasdevague face au harcèlement en milieu scolaire, le #Metoo des profs de France

Des centaines d’enseignants dénoncent des années d’omerta imposée, selon eux, par leur hiérarchie, qui refuse de prendre au sérieux la violence dont ils font l’objet au quotidien dans certains établissements

Tout a commencé par une vidéo diffusée jeudi dernier sur les réseaux sociaux. On y voit un jeune homme braquer une arme à quelques centimètres du visage d’une enseignante, assise derrière un ordinateur, alors que, manifestement, le chahut règne dans la classe. Dans certaines versions qui circulent, le visage de la prof est flouté, mais pas dans toutes.

Son attitude montre plus de lassitude que de peur, et le tutoiement grossier de l’élève braqueur, qui refuse d’être inscrit comme «absent», le «doigt d’honneur» d’un lycéen passant dans le champ de la caméra et les ricanements de ses camarades – dont celui qui filme – achèvent de donner une allure délétère à la scène, tournée dans un lycée considéré comme tranquille de Créteil, à l’est de Paris.

L’arme était en réalité un pistolet à billes, et l’adolescent (il aura 16 ans en novembre) affirme qu’il «rigolait» et qu’il ne savait pas qu’il était filmé. Il s’est cependant rendu de lui-même à la police après la plainte déposée par l’enseignante, devra changer d’établissement après les vacances d’automne et risque 40 mois de prison. De fait, l’affaire crée le choc, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. Même Emmanuel Macron a pris la parole pour condamner les faits et annoncer des mesures fortes.

Et une fois de plus, l’incident relayé sur les réseaux sociaux libère la parole. Des centaines de professeurs racontent les avanies dont ils sont victimes, moqueries, grossièretés, menaces, gestes déplacés, voire violences physiques. De la part des élèves. De la part de leurs parents. Et aussi de la part de leur hiérarchie, véritable cible du hashtag #Pasdevague. Car les enseignants se disent incités à taire les incivilités dont ils sont victimes, pour ne pas faire d’ombre à la réputation des directeurs d’établissement.

«Il y a 8 ans, un élève m’a insultée en me menaçant du poing (un 5e qui faisait deux têtes de plus que moi). Je suis sortie de la classe en tremblant pour aller voir la principale. Sa réponse: «Vous n’êtes pas assez autoritaire.» J’ai ravalé mes larmes et suis retournée en classe», dénonce @Jennytinkk.

«Une élève m’insulte et me menace. Je fais un rapport à la principale. Elle me convoque pour une confrontation (sic) avec l’élève. Elle commence: «Alors Mme Lapnyx, cette élève se plaint que vous ne l’aimez pas…» Bref, c’était à moi de me justifier!!!» proteste aussi @lapnyx.

Les témoignages sont aussi accablants que nombreux. «Vous n’auriez pas dû déposer une main courante sans consulter votre hiérarchie.» Puis, pendant toute l’année scolaire, «vous la retirez quand, votre main courante?» et «vous comptez vous excuser quand auprès du parent?» cite le syndicat SNALC.

«Les témoignages des profs sur le hashtag #Pasdevague sont sidérants, commente @Lehussardnoir: on voit à quel point c’est l’institution qui nous tourne le dos. Et si notre hiérarchie nous manque de respect, pourquoi les élèves nous en donneraient?» Les médias aussi en prennent pour leur grade: «Le truc, c’est que pour qu’on parle des problèmes à l’école, pour que les médias s’intéressent un peu à ce qu’il se passe, faut qu’il y ait un gun en salle de classe. Là c’est sensationnel! Là ça mérite un coup de projecteur! Sinon, #Pasdevague», persifle, toujours pertinent, le même internaute.

Les politiques se sont saisis de l’affaire. La présidente de la Région Ile-de-France, Valérie Pécresse, «attend des sanctions exemplaires!» «Bravo à ceux qui brisent l’omerta!» renchérit Marine Le Pen. Et maintenant, #Pasdevague sera-t-il suivi de #Balancetonprincipal? @maargvnh s’en est en tout cas emparé le 22 juin dernier, en réponse à un tweet de @BaptAuschr prétendant que sa sœur se faisait harceler et que le directeur de son école se distinguait par son inaction…

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