Editorial

Où est passée l’audace urbaine?

Les élections communales pour le canton de Vaud se tiendront ce dimanche. La ville de Lausanne résume à elle seule la teneur des campagnes politiques des partis, droite et gauche confondues. Aucun réel nouveau projet politique n’a été proposé, pas même sur le plan du logement

Au moment où les Vaudois élisent dimanche leurs autorités communales, la droite de ce canton se prend à rêver. Et si elle parvenait à reprendre le pouvoir en ville? On peut la comprendre, acculée et minorisée qu’elle est depuis un quart de siècle par le camp rose-rouge vert, à Lausanne d’abord, dans les autres localités urbaines ensuite.

Lire aussi: Reprendre les villes, le fol espoir de la droite vaudoise 

L’autre camp, qui pense avoir touché le fond en perdant la majorité du gouvernement cantonal, relève la tête, surtout depuis les élections fédérales. La campagne qui s’achève montre pourtant que la voie est très étroite sur le plan communal. Car au fond pourquoi changer?

Le cas de Lausanne est à cet égard exemplaire. Il y a dans cette ville des points qui fâchent. La perte d’attractivité du centre-ville, les risques liés à l’endettement sont les plus évidents. Mais les champions de la reconquista, Matthieu Blanc et Pierre-Antoine Hildbrand, n’ont pas osé en faire des arguments électoraux, jugeant contre-productif d’exploiter ces sujets plus agressivement.

Non qu’ils se soient profilés clairement sur d’autres points. Même la politique du logement, l’action la plus marquée à gauche de l’équipe en place, parvient à s’imposer vu les besoins de la population. La droite peut bien espérer le retour en ville d’une population plus conservatrice revenue des zones villas: le mouvement ne peut être que lent, alors que le règne de l’actuelle majorité est parfaitement en phase avec la boboïsation avancée de quartiers entiers.

Pour tout dire, les champions de l’alternance ne proposent aucunement un programme de rechange, mais simplement de doser un peu plus ou un peu moins ce qui se fait déjà très bien. Du coup, c’est le changement de génération, leurs nouveaux visages, qui deviennent leur principal argument.

Faut-il alors se résigner à ce que la dimension urbaine, réduite à l’organisation des conditions d’habitat de la population, ne justifie plus de véritable projet politique? Que l’on continue d’élire des magistrats socialistes comme on a longtemps élu des radicaux, par habitude?

Il y aurait une autre issue, un espoir. Qu’entre une gauche désormais largement orientée sur la gestion de l’héritage et la droite si raisonnable de l’opposition, la nouvelle garde des politiciens retrouve le goût de l’audace, de la prise de risque, à l’image de ces laboratoires de créativité que devraient aussi être nos villes.

Publicité