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Vladimir Poutine aime Donald Trump, et réciproquement.
© Chip Somodevilla

Il était une fois

Les passions s’immiscent dans les relations internationales

Les passions s’emparent des esprits et des corps. Voici pourquoi c’est le moment de lire Pierre Hassner. Un grand spécialiste de la liberté et de ses ennemis

Vladimir Poutine admire Donald Trump, «dirigeant brillant et talentueux», comme il l’a déclaré lors de sa conférence de presse de décembre. Trump lui rend la pareille: il «s’entendrait probablement très bien» avec Poutine puisque celui-ci «n’aime pas Obama du tout». Poutine aimait Recep Tayyip Erdogan comme son frère mais un missile mal placé et voilà le Turc transformé en traître «au service des terroristes». Le sentimentalisme s’empare des relations internationales. «Déclin» et «humiliation» sont les maîtres mots de l’agitation politique. Les institutions cèdent devant le pouvoir d’attraction des politiciens qui les prononcent. Trump «redressera» les Etats-Unis. Poutine «rendra sa fierté» à la Russie et Marine Le Pen à la France, tandis que des djihadistes tuent et meurent pour la gloire de l’islam. Les passions s’emparent des esprits et des corps. C’est le moment de lire Pierre Hassner.

La colère et la peur

Le politologue et philosophe français, élevé à l’école de Raymond Aron, poursuit depuis trente ans une réflexion sur la liberté et ses ennemis. Son bagage d’érudition classique l’a empêché de croire que la violence disparaîtrait avec la prospérité; que la partie colérique de l’âme pouvait être durablement refoulée, comme l’avait espéré Montesquieu: «Il est heureux pour les hommes d’être dans une situation où, pendant que leurs passions leur inspirent la pensée d’être méchants, ils ont pourtant intérêt à ne pas l’être». Au contraire, non seulement les intérêts ne sont pas la grande force pacificatrice de l’histoire mais, livrés à eux-mêmes, ils peuvent donner lieu à une forme d’hubris broyeuse d’individus ou groupes et susciter par là des passions identitaires.

Entre toutes les passions, la peur. «La vraie peur, dit Bernanos, est un délire furieux. De toutes les folies dont nous sommes capables, elle est assurément la plus cruelle.» Depuis le 11 septembre 2001, elle rôde. Peur de la souffrance et de la mort. Peur de la peur elle-même. «Nous oscillons en permanence entre des peurs contradictoires: on a raison d’avoir peur du terrorisme, mais aussi d’avoir peur des mesures qu’on prend contre le terrorisme. Les moyens de protection sont devenus eux-mêmes menaçants.» La mobilisation défensive, sous le coup de la peur et du sentiment d’avoir été trahi, peut aboutir à la «barbarisation du bourgeois», à son acceptation de pratiques brutales, cruelles ou vexatoires, au retour d’une agressivité déchaînée par la levée des tabous qui la réprimaient.

Gérer les passions collectives

Le dispositif étatique traditionnel peine à gérer les passions collectives, ne serait-ce que parce que les sociétés se fragmentent et se mondialisent, les frontières sont dépassées par la circulation des images et des modèles de consommation et parce que les passions les plus opposées – de la haine à la pitié – sont constamment sollicitées. L’intérieur et l’extérieur ne sont plus strictement définis. L’espace universel des French doctors, l’espace aléatoire des réfugiés sans Etat butent contre l’espace des sédentaires que la peur de perdre leur identité ou leur travail amène au repli et au refus. Entre les Etats en crise de fonctionnement, voire de légitimité, et un monde sans gouvernance supérieure, les passions peuvent se donner libre cours. Humiliation et ressentiment forment la trame d’un discours justificateur de violence et de haine.

«Il faudrait pouvoir inscrire les passions sur la carte comme les bases militaires et les gisements de pétrole», disait le politologue américain Stanley Hoffmann. Son ami Hassner poursuit cette tentative cartographique avec les ressources de son immense culture politique et l’humour intrépide qui balance son pessimisme. À la barbe des empoisonnés à l’identité, il lance «Je suis fier d’être juif parce que si je n’étais pas fier, je serais juif quand même».

Pierre Hassner, La revanche des passions, Métamorphoses de la violence et crise du politique, Fayard, novembre 2015

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