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Thomas Bach, président du Comité international olympique (CIO) à Marseille, en septembre 2017.
© REUTERS/Sebastien Nogier/Pool

Opinion

Le patron du CIO doit réformer la gouvernance du sport mondial

Le système olympique est gangrené par la corruption et sa réputation est en miette. Paradoxalement, le président du CIO, l’Allemand Thomas Bach, se retrouve en position de force pour réformer la gouvernance du sport international. Mais le fera-t-il?

L’olympisme est en crise: moins de candidatures de villes aux JO, moins d’intérêt des jeunes pour l’activité physique et sportive mais aussi pour le spectacle offert par les Jeux.

L’esprit olympique n’inspire plus autant même s’il défend toujours la promesse d’un monde meilleur. A cela s’ajoutent les crises de gouvernance très médiatisées qui ont récemment secoué le système olympique: en 2015, le FIFAgate mais aussi le scandale de corruption à la Fédération internationale d’athlétisme pour couvrir le dopage en Russie; ceux liés aux JO de Rio en 2016 (vente illégale de billets de l’influent membre du CIO, P. Hickey et récente arrestation du patron des JO 2016 pour l’achat de voix pour l’obtention des Jeux) et à la coupe du monde de foot 2014. S’ajoute à cela, le récent soupçon de corruption pesant sur l’ancien champion, membre du CIO, S. Bubka après celui de F. Fredericks.

Intervention publique nécessaire

De même, les doutes sur la réalité et l’efficacité du processus de réforme à la FIFA, depuis 2016, sont aussi liés aux récents remerciements, par le nouveau président, de trois acteurs clés: le président de la commission de gouvernance et de ceux de la commission d’éthique. Ces événements montrent que le mouvement international olympique a bien du mal à s’autoréformer en matière de gouvernance malgré les tentatives de promotion de nouveaux principes de fonctionnement: «Principes universels de base de bonne gouvernance» instillés depuis 2008 par le CIO et, en 2016, promotion d’un nouveau cadre par l’Association des Fédérations internationales olympiques d’été.

C’est pourquoi, la perspective d’une ingérence externe par les acteurs publics pour réguler les dérives du sport international est tentante. Des pistes existent: création d’une agence de régulation de la gouvernance du sport international qui pourrait désigner des experts indépendants dans les commissions d’éthique et de gouvernance avec de vrais pouvoirs d’investigation et de sanctions mais aussi réviser les processus électifs et démocratiques. Il serait aussi souhaitable de dissocier dans les fédérations internationales la redistribution des fonds du développement du système politique et d’imposer des procédures indépendantes de contrôle dans l’attribution des marchés (droits TV, agence marketing…) et des grands événements sportifs qui sont souvent dans les mains de quelques décideurs.

Quelle «autonomie responsable»?

Dans un tel contexte, l’«autonomie responsable» du mouvement olympique prônée par le président du CIO pour une réforme sans intervention des pouvoirs publics a bien du mal à convaincre. Il faut bien convenir que la pression des médias, des ONG et des sponsors pèse bien peu et seule l’intervention de la justice américaine (FIFAgate, scandale Armstrong et corruption dans l’attribution des JO 2002) et, de manière plus lointaine, de l’Union européenne peuvent réellement faire bouger les lignes.

Garant des grands équilibres du système olympique, le patron du CIO n’a jamais été aussi puissant avec ce bouclier géopolitique qui sécurise l’autonomie politique et financière du mouvement olympique

Le président actuel du CIO navigue en eaux troubles mais il a réussi un coup de maître avec la double attribution des JO à Paris et à Los Angeles: un retrait de la candidature de Budapest qui donne une finale à deux et se transforme en ticket «gagnant-gagnant gagnant».

La France reste un poids lourd géopolitique. Les Etats-Unis sont toujours les acteurs clés du business olympique: six des treize «top sponsors» du CIO sont américains et, en 2014, NBC a obtenu les droits de diffusion aux Etats-Unis des JO de 2021 à 2032 pour la somme record de 7,65 milliards de dollars. La chaîne américaine avait déjà obtenu ceux de Sotchi (2014), Rio (2016), Pyeong Chang (2018) et Tokyo (2020) pour 4,38 milliards de dollars.

Thomas Bach en position de force

Avec l’attribution des JO à la France (2024), aux Etats Unis (2028), après la Chine pour les Jeux d’Hiver (2022) et celle par la FIFA de la coupe du monde de foot à la Russie (2018) et au Qatar (2022), les grandes puissances économiques et politiques sont désormais servies pour les dix prochaines années. Le CIO et la FIFA ont trouvé, peut-être sans le savoir, une stabilité géopolitique et économique inconnue dans l’histoire du sport international.

Garant des grands équilibres du système olympique, le patron du CIO, Thomas Bach, n’a jamais été aussi puissant avec ce bouclier géopolitique qui sécurise l’autonomie politique et financière du mouvement olympique. Dans le même temps, il a aussi habilement profité de l’affaiblissement des deux partenaires clés du système olympique que représentent l’association des comités nationaux olympiques (son président, le Cheikh koweïtien Al-Sabah est empêtré dans des affaires personnelles) et l’association générale des fédérations sportives internationales (avec la mise à mort, servie sur un plateau, de leur organisation faîtière SportAccord) qui faisaient part de nouvelles velléités. Cette position de force du président du CIO peut aussi lui permettre d’imposer, en collaboration avec les acteurs publics, des réformes de gouvernance et de régulation de l’intégrité sportive dont le sport international a besoin.

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