Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Roberto Carvalho de Azevêdo, a donc annoncé ce jeudi sa démission, à la fin du mois d’août, a rapporté l’agence Bloomberg. Pour «raisons familiales», dit officiellement le Brésilien âgé de 62 ans. Ce, une année avant la fin de son mandat et en plein marasme économique dû à la pandémie de nouveau coronavirus:

Ce départ prématuré intervient en effet au moment où l’économie mondiale enregistre son plus violent coup de frein depuis la Grande Dépression des années 1930. Le commerce international est frappé de plein fouet par le Covid-19, qui a fait s’effondrer la production et les échanges. Mais la démission du boss n’émeut guère les observateurs, qui ont l’air de dire: «Qu’est-ce que ça changera?»


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Le directeur de l’OMC quitte le navire


Il n’a pas dévoilé ses activités futures. Certains le voient peut-être bientôt «briguer la présidence brésilienne» au moment où la popularité de Jair Bolsonaro est en chute libre pour sa gestion calamiteuse de la crise virale. Mais la «bête noire» de Trump, comme le qualifie LaTribune.fr, dit ne pas partir pour relever des «opportunités politiques», précise le site AllNews.ch.

«Pour le remplacer, des observateurs estiment que le moment de l’Afrique, qui n’a jamais dirigé l’institution, est venu. Un ancien haut fonctionnaire de l’organisation, l’Egyptien Hamid Mamdouh, qui est également ressortissant suisse, «serait sur les rangs. Sans en dire davantage, la Suisse promet de s’engager dans la recherche du prochain directeur général», qui aura fort à faire pour restaurer la crédibilité du gendarme du commerce.

Lire également: Un Suisso-Egyptien vise le poste de directeur de l’OMC (04.02.2020)

«Affaiblie par la crise économique et la guerre commerciale» entre la Chine et les Etats-Unis surtout, dit la chaîne BFM Business, l’OMC «n’arrive plus à peser sur le système qu’elle a contribué à créer», analyse le correspondant à Genève de Radio France internationale. «D’une part, parce que les Etats membres préfèrent passer des accords entre eux plutôt qu’avec son concours. D’autre part, car l’administration Trump a bloqué le renouvellement de son organe d’appel, celui qui juge les conflits commerciaux, au motif que l’OMC ferait le jeu de Pékin.»

De quoi aggraver «la tourmente», disent de concert le Wall Street Journal et le New York Times, même si le chef de l’OMC n’est plus que celui d’une «organisation chargée de mettre un semblant d’ordre dans les relations commerciales internationales». Car son action est «paralysée» depuis la fin de l’année dernière par l’administration Trump, «qui a refusé d’approuver des candidats pour pourvoir les postes vacants» au sein du fameux comité «qui statue sur les différends commerciaux».

D’ailleurs, le peu d’articles commentant la nouvelle dit bien «le chaos» actuel dans lequel se trouve l’OMC, avec un futur ex-patron «frustré» qui déclare lui-même à l’agence Bloomberg qu’il n’est pas «the right man for the job» à la tête d’une organisation qu’il considère encore, dans le Guardian, comme «indispensable» à la bonne marche du monde. Même si elle «se meut comme un cargo de containers en surcharge dans une mer déchaînée», selon la Neue Zürcher Zeitung (NZZ). Azevêdo a d’ailleurs «exhorté les pays membres de l’OMC à agir rapidement pour que quelqu’un soit mis en place dès que possible», lit-on dans le Financial Times.

C’est-à-dire «un politicien» plutôt que ce «diplomate» qui a peiné à «entrer dans la mêlée», sous-entend la NZZ. «L’OMC doit se réformer», ajoute la Frankfurter Allgemeine Zeitung, pour sortir de «ses dysfonctionnements dans plusieurs domaines». Elle «anticipe un recul du commerce mondial pouvant aller jusqu’à un tiers pour 2020. Autre problème, la ministérielle prévue au juin au Kazakhstan a été reportée en raison de la pandémie. Le scénario d’une réunion à Genève en fin d’année ne semble pas être favorisé par les Etats. La rencontre devrait plutôt avoir lieu en 2021», expliquait récemment l’ATS.

Conclusion: «Dans un contexte d’augmentation des mesures protectionnistes» et alors que l’OMC ne s’est effectivement «pas réformée», cette démission «arrive à un moment critique», prévient une députée française sur Twitter. «Hé oui! Triste multilatéralisme. Tant que Trump sera là, toutes ces institutions, sauf à lui courber l’échine, vont s’effondrer!» déplore un internaute réagissant à l’article du Temps publié ce jeudi.


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