Silence. Cette fois-ci, on nous a inoculé le virus. Pour se propager dans les têtes du pouvoir, dans les esprits des travées parlementaires, il a dû se frayer un chemin, car la vulnérabilité n’est pas chez elle là où la puissance brille. Un collègue présentant un profil à risque ostensible affirmait il y a quelques jours encore sa pleine santé pour justifier qu’il continuerait de participer à la session parlementaire.

Heureusement, il n’a pas eu besoin de la partager avec nous, cette santé, puisque, entre-temps, la raison a gagné celles et ceux qui pouvaient siffler la fin de la récré. Non, nous parlementaires X ou Y, ne sommes pas en tout temps indispensables. Mais suffisamment tout de même pour que l’on cherche à protéger les nombreuses personnes parmi nous qui font partie d’un groupe à risque. Même entre partis adverses, la solidarité est de mise.

Le vocabulaire contaminé

Certes, cela désarçonne le vocabulaire politique contaminé par les «maintenant», «aujourd’hui» et «plus que jamais», mais non, les lois que nous votons ne flétriront pas en trois mois. Ou alors il faudrait s’interroger. Aujourd’hui, dans un ultime sursaut de détermination politicienne, ce message arrivait dans ma boîte e-mail: «La vie politique est à terre. Il est d’autant plus important de poursuivre notre travail politique.»

Travail, notre boussole…

Ô travail, notre valeur commune, notre boussole, nous continuerons de nous cramponner à toi en pleine tempête. Je les ressens aussi ce désœuvrement, cette quête de sens, après avoir biffé les uns après les autres les rendez-vous de la plus haute importance qui peuplaient les pages de mon agenda ces prochaines semaines.

Une confusion qui s’exprime dans la cacophonie fédéraliste, alors que le passage d’une frontière cantonale renverse les règles en vigueur. Ici les crèches restent ouvertes, là on ferme tous les cafés et les restaurants. Ici l’on enclenche une dernière fois les stations de ski, là on interdit tout rassemblement de plus de cinq personnes. Et comme on n’a pas encore offert de Guide Michelin au virus, celui-ci fait fi des autorités cantonales, saute par-dessus les Alpes et enjambe la Sarine, devant l’hésitation d’un Conseil fédéral peu coutumier de jouer les chefs d’orchestre.

Alors, pour rendre ce temps productif, je relis L’An 01, de Gébé. Sous-titre: «On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste.»


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Toutes et tous égaux face à l’épidémie

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