Swiss, Brussels Airlines et EasyJet opèrent chaque jour un douzaine de vols entre la Suisse et la Belgique. Plusieurs centaines de voyageurs ont appris à leur dépens que les vols étaient annulés mardi et mercredi. A cause d'une grève sauvage d'une partie des contrôleurs aériens qui non seulement paralyse les aéroports belges, mais qui perturbe aussi le ciel européen.

Le droit de grève est un acquis sacré pour les salariés et les contrôleurs aériens belge ont frappé là au moment où il fait le plus mal. En toute connaissance de cause. Le débrayage a surement lieu parce que les salariés sont au bout du rouleau et qu'ils n'ont pas été entendus.

Soit. Mais après douze jours d'arrêt total de l'aéroport de Bruxelles suite à l'attentat islamiste le 22 mars dernier, cette action syndicale était la dernière chose dont le pays avait besoin. La Belgique a été, souvent à tort, la risée du monde ces dernières semaines. On lui a fait bien des procès, accusant sa complexité institutionnelle, son gouvernement de coalition hétérogène, l'animosité entre wallons et flamands et la bureaucratie et la lenteur administrative d'être responsables de tous les maux.

On connaît les Belges. Champions de l'auto-dérision, ils prennent la vie avec beaucoup de philosophie, jusqu'à même se moquer d'eux-mêmes. Mais là, l'action des contrôleurs aériens dans une pays qui tente de se relever après les attentats suscite plus que l'incompréhension et l'indignation. Béatrice Delvaux, l'éditorialiste du quotidien Le Soir dénonce : «Nous n'avons décidément pas besoin d'ennemis extérieurs pour sombrer... Ce pays n'a plus besoin de terroristes pour se faire exploser; il est en train de le faire tout seul, par ses absurdités, ses débandades et ses pantalonnades. »

Le premier ministre Charles Michel a péniblement défendu l'image écornée de son pays ces dernières semaine. Hier, il a manifesté sa réprobation: « Je n'accepte pas qu'une poignée décide de prendre le pays en otage, de mettre notre image et notre économie en danger.»

Il y a de quoi. L'aéroport de Bruxelles est en effet le deuxième plus gros moteur économique du pays, avec 20 000 salariés. Juste dernière le port d'Anvers.

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